Patrimoine classé
Château (sauf parties classées) : inscription par arrêté du 7 octobre 1931 ; Façades et toitures du château : classement par arrêté du 30 juillet 1946 ; Façades et toitures de la maison du chapelain, de la chapelle et des communs ; murs, saut-de-loup, grilles et bassins de la cour d'honneur, du potager et des avants-cours entourant le château ; pièce d'eau située sur la parcelle 53 (cad. AM 53, 70, 71, 73, 75, 76, 82 à 86, 88, 96, 104, 105, 107, 108, 111) : inscription par arrêté du 15 novembre 1994
Personnages clés
| Jean Beuzelin - Président au Parlement de Normandie |
Commanditaire du château en 1632. |
| Anne-Marie Beuzelin - Duchesse de La Force |
Héritière, portrait exposé au musée de Rouen. |
| Colinet - Premier Jardinier de Le Nôtre |
Conçoit le parc en 1715. |
| Henriette Soyer de Bosmelet - Propriétaire pendant la guerre |
Sauve les œuvres et résiste aux Allemands. |
| Colonel Hollard - Résistant du réseau Agir |
Transmet les plans des V1 aux Alliés. |
| Alain Germain - Metteur en scène et propriétaire |
Installe un fonds d’arts du spectacle. |
Origine et histoire du Château de Bosmelet
Le château de Bosmelet, situé à Auffay dans le Val-de-Scie (Seine-Maritime), est une demeure emblématique du XVIIe siècle, construite en 1632 par Jean Beuzelin, président au Parlement de Normandie. Il remplace un ancien château fort médiéval dont les fondations subsistent dans les caves. Ce monument illustre l’ascension sociale de la famille Beuzelin, liée à la noblesse parlementaire normande, puis aux ducs de La Force par le mariage d’Anne-Marie Beuzelin en 1698, scellé par Louis XIV lui-même.
Au XVIIIe siècle, le château connaît son apogée sous l’impulsion du duc de La Force et de son épouse, qui entreprennent d’ambitieux travaux. En 1715, Colinet, Premier Jardinier de Le Nôtre, dessine un parc à la française centré sur un tapis vert de 2 km, encadré par une double allée de tilleuls plantée en 1718, unique en Europe. Le projet d’agrandissement du château, inspiré de Versailles, est interrompu par la mort du duc en 1726. Le domaine passe ensuite aux Thomas du Fossé, famille janséniste persécutée sous Louis XV, dont les membres traduisent la Bible de Port-Royal.
La Révolution française épargne le château grâce à l’habileté de la baronne Thomas du Fossé, qui maquille les symboles royalistes du papier mural pour éviter les représailles. Au XIXe siècle, le baron Pierre de Bosmelet, ayant combattu pour la Bavière contre la Prusse en 1870, préserve à nouveau le domaine. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le parc abrite une rampe de lancement de V1 allemande, ciblant Londres. Henriette Soyer de Bosmelet, propriétaire, sauve les œuvres du château avant d’être emprisonnée. Le colonel Hollard, résistant, transmet aux Alliés les plans des installations, permettant leur bombardement en 1944.
Classé Monument Historique en 1946, le château est restauré après-guerre par Diana de Bosmelet, qui rouvre le domaine au public dans les années 1970. Son fils Robert et son épouse Laurence créent le Jardin arc-en-ciel, primé au Chelsea Flower Show en 2000. Depuis 2016, le metteur en scène Alain Germain en est propriétaire. Il y installe son fonds d’arts du spectacle (costumes, maquettes, archives) et en fait un lieu culturel vivant, accueillant expositions, concerts et résidences d’artistes.
Le parc conserve des vestiges médiévaux, une orangerie du XVIe siècle, une chapelle du XVIIIe, et des éléments militaires de 1943, comme un bunker et des pistes de lancement. Une sculpture contemporaine, le pont-sculpture de l’architecte taïwanais Xuan-Cheng Chen (2017), relie symboliquement histoire et modernité. Le domaine, ouvert de mai à octobre, allie patrimoine, mémoire et création.