Patrimoine classé
Château, ses dépendances, ses jardins et son parc, y compris les bâtiments et les murs de clôture ainsi que l'allée d'arrivée (cad. E lieudit le Bourg 1, 2, 5, 394 à 397, 496 à 499 ; A lieudit le Parc 18, 20, 21, 94, 95 ; ZA 30, lieudit la Pierre Folle, 31, 37, lieudit l'Epinaise, 38, lieudit les Bulles, 47, lieudit Crève-Coeur, 48, lieudit le Pavillon) : classement par arrêté du 7 septembre 2001
Personnages clés
| Claude Charles François Leblanc de Marnaval - Maître de forges et commanditaire |
Fait construire le château en 1765. |
| Jean François de Rochedragon - Marquis et colonel |
Propriétaire de 1779 à 1816. |
| Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord - Homme politique et diplomate |
Propriétaire de 1818 à 1826. |
| Henri Duchêne - Paysagiste |
Redessine les jardins à la française. |
| Henri Viguier - Homme d'affaires et maire |
Dernier propriétaire, lègue le château en 1967. |
| Alfred Dauvergne - Architecte départemental |
Restaure les façades et aménage l'intérieur. |
Origine et histoire du Château de Bouges
Le château de Bouges, situé dans la commune de Bouges-le-Château en région Centre-Val de Loire, est un pavillon champêtre construit en 1765 pour Claude Charles François Leblanc de Marnaval, maître de forges et directeur de la Manufacture royale de draps de Châteauroux. Ce monument, souvent comparé au Petit Trianon, est une « folie » bâtie en pierre de taille, bien que son architecte reste non identifié. Il remplace une ancienne motte féodale fortifiée, mentionnée dès 917 dans la charte de fondation de l'abbaye de Déols, et qui fut successivement possession des seigneurs de Châteauroux, des La Tour d'Auvergne, puis des Médicis par le mariage de Madeleine de La Tour d'Auvergne avec Laurent II de Médicis.
La terre de Bouges, offerte en 1547 par Catherine de Médicis à son conseiller Jean-Baptiste Seghizo, passe entre les mains de plusieurs familles avant d'être acquise en 1759 par Leblanc de Marnaval. Ce dernier fait raser l'ancienne maison forte pour ériger le château actuel, achevé vers 1765. Les travaux incluent des aménagements paysagers, comme une allée cavalière et des terrasses ornées d'orangers. Cependant, Marnaval, ruiné, vend le domaine en 1779 à Jean François de Rochedragon, un colonel et marquis qui le préserve pendant la Révolution française. Le château change ensuite de mains à plusieurs reprises, passant notamment entre celles de Talleyrand en 1818, qui y effectue des rénovations intérieures.
Au XIXe siècle, le château est acquis par la famille Masson, qui transforme le parc en un jardin à l'anglaise. En 1853, il est vendu au général Mahmoud Ben Ayed, un financier tunisien controversé, avant d'être racheté par la famille Dufour en 1857. Henri Dufour, aidé de l'architecte Alfred Dauvergne, entreprend d'importantes restaurations, incluant la création d'un puits de lumière central et la rénovation des façades. Entre 1897 et 1909, les paysagistes Henri et Achille Duchêne redessinent les jardins à la française et restructurent le parc paysager, ajoutant des éléments pittoresques comme un bassin en hémicycle et un buffet d'eau.
En 1917, le domaine est acquis par Henri Viguier, homme d'affaires et maire de Bouges-le-Château, qui le restaure et le modernise avec l'électricité et le chauffage central. Passionné d'équitation, il y organise des chasses réputées. À sa mort en 1967, Viguier lègue le château au Centre des Monuments nationaux, qui en assure depuis la gestion et l'ouverture au public. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le domaine accueille une unité de la 2e DB du général Leclerc, offrant un repos aux soldats avant leur départ pour l'Allemagne.
Le château de Bouges, classé monument historique en 2001, se distingue par son architecture en plan rectangulaire, ses façades en pierre de Villentrois, et son organisation intérieure en triple profondeur. Son parc de 80 hectares, labellisé Jardin remarquable, allie des jardins à la française, un arboretum, et un parc paysager avec des essences rares. Le domaine a également servi de décor au film Le Colonel Chabert (1994) avec Gérard Depardieu.
Aujourd'hui, le château est ouvert à la visite et géré par le Centre des Monuments nationaux. Il attire des milliers de visiteurs chaque année, offrant un témoignage exceptionnel de l'évolution architecturale et paysagère du XVIIIe au XXe siècle en Berry.