Origine et histoire
Le château de Bouzols, édifié dès le IXe siècle sur un neck volcanique à 830 m d’altitude, fut la propriété des seigneurs de Mercœur dès 1046. Ithier de Mercœur, premier seigneur attesté, reçut la terre en fief de son oncle Étienne II, évêque du Puy. Son fils Renaud agrandit le domaine par son mariage avec Béatrix de Brive, héritière de la seigneurie voisine. La lignée se poursuivit avec Hugues, puis Bernard, qui rendit hommage à l’évêque Humbert de Grenoble en 1137.
Au XIIe siècle, Géraud de Bouzols, coupable du meurtre d’un chanoine, partit en croisade et mourut au siège de Saint-Jean-d’Acre (1191). Sa fille Guillemine épousa Jaucerand de Saint-Romain, qui reconstruisit le château avant de mourir en Terre sainte (1223). La seigneurie passa ensuite aux Polignac par le mariage de Catherine de Bouzols avec Armand V en 1300. Au XIVe siècle, le château devint propriété des Beaufort via le cardinal Hugues Roger, puis de Raymond de Turenne, qui y résista à un siège royal en 1399.
Au XVe siècle, le château fut transmis aux La Tour d’Oliergues après des conflits judiciaires. Pendant les guerres de Religion (XVIe siècle), il fut le théâtre d’affrontements avant d’être vendu en 1621 aux Montagu, qui le conservèrent jusqu’à la Révolution. Abandonné au XVIIIe siècle, il fut restauré à partir de 1876 par Albert de Brive, descendant des acquéreurs de 1808. La chapelle castrale Saint-Eustache, reconstruite au XVe siècle, conserve des éléments romans comme un décor sculpté de la Crucifixion.
Architecturalement, le château combine un donjon du IXe siècle, un logis des XIVe–XVIe siècles remanié au XIXe siècle, et des vestiges défensifs (archères, boulets de pierre). La terrasse sud, aménagée aux XVIe–XVIIe siècles, précède le corps de logis percé de fenêtres style troubadour. Une citerne creusée dans le rocher et une porte cavalière murée témoignent des aménagements médiévaux. Classé Monument Historique en 1926, puis en 2015 pour son ensemble (chapelle, terrasses, écuries), il reste propriété privée.
Le site, stratégique en haute vallée de la Loire, illustre l’évolution des forteresses médiévales en résidences seigneuriales. Les marques de tâcherons sur la tour du XIIIe siècle et les boulets de 1399 rappellent son rôle militaire, tandis que les transformations Renaissance et XIXe siècle reflètent son adaptation aux époques ultérieures. Aujourd’hui, le château de Bouzols, toujours habité, incarne près de douze siècles d’histoire velayenne.