Origine et histoire du Château de Brandon
Le château de Brandon se dresse à Saint-Pierre-de-Varennes, au sommet d'une butte, dans le département de Saône-et-Loire en Bourgogne-Franche-Comté. Il est une propriété privée, fermée au public, et inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis juin 1975.
L'ensemble s'articule autour d'une enceinte de forme irrégulière, divisée par un mur qui sépare la basse-cour de la cour du logis des maîtres. Le logis, de plan rectangulaire allongé, est flanqué aux angles nord‑ouest et nord‑est de tours carrées; une aile en retour d'équerre occupe le flanc est et, reliée par un pan de mur à une troisième tour carrée, complète l'élévation principale. Des bâtiments agricoles et une écurie s'implantent à proximité, et l'accès à l'ensemble se fait par une tour‑porche située à l'angle sud‑ouest. Dans la partie supérieure de la tour abritant la chapelle, accessible uniquement par le chemin de ronde, se trouve une pièce appelée la « chambre de l'abbé Delniau ».
Le site a d'abord servi de poste militaire à une bifurcation de routes à l'époque romaine. Au XIIIe siècle existait vraisemblablement une tour fortifiée, possédée successivement par les seigneurs de Brandon puis gardée par des capitaines pour le compte des ducs. En 1365 la tour fut confiée à Robert d'Essertenne qui en devint seigneur héréditaire, et au XIVe siècle le duc Philippe II de Bourgogne éleva le fief en baronnie au profit de Philippe de la Roche, petit‑fils du précédent. Le château fut vendu en 1453.
Après des successions complexes au sein de la maison de Lugny, il fut acquis en 1528 par Hugues‑Bernard de Montessus; les familles de Lugny et de Montessus entreprirent alors d'importants travaux de construction et de réparation au château et aux étangs. Le bien fut saisi à l'encontre de Charles de Montessus en 1633, puis vendu en 1638 à Alphonse de Chaumelis. À la mort d'Alphonse en 1653, ses deux filles, Jeanne et Huguette, restèrent sous la tutelle de leur oncle Jean‑Baptiste de Chaumelis. En 1670 Huguette, épouse de Claude de la Coste, hérita de Brandon après un âpre conflit avec son oncle.
En 1729 le château fut attaqué par des habitants des environs conduits par Eugène, fils d'Huguette, qui cherchait à déposséder sa mère; la même année, Jean‑Baptiste, autre fils d'Huguette, hérita du domaine à la mort de celle‑ci. Au XVIIIe siècle Jean‑Baptiste, sans enfant, légua le château à sa nièce Jeanne‑Huguette de la Coste, épouse du marquis Jacques de Beaurepaire, et le corps de logis, vraisemblablement construit par les Chaumelis, fut abandonné à des fermiers. À la fin du XVIIIe siècle une fille de la famille Beaurepaire épousa Louis Pelletier de Cléry, qui dut vendre Brandon en raison d'une vie dissipée.
En 1826 le domaine échoit à Nicolas Tripier (1765‑1840), avocat, député et pair de France. Au XIXe siècle sa fille Émilie Tripier épousa en 1813 l'avocat Antoine Mala, qui devint ensuite propriétaire; leur fille Pauline Caroline Mala épousa Ferdinand de Jouvencel (1804‑1873), député et président du Conseil d'État. Vers 1900 Madame de Jouvencel fit réaliser d'importants travaux de restauration et, à sa mort en 1922, son petit‑fils Monsieur de Masin hérita du domaine; le château appartient encore à la famille de Masin, anoblie par le capitoulat de Toulouse en 1705.
Parmi les personnages liés à Brandon figure l'abbé Philibert Delniau, appelé par Charles de Montessus, qui, en difficulté avec ses créanciers, avait laissé courir la rumeur d'un trésor caché et donné à la demeure une sinistre réputation. Effrayé par cette notoriété, Charles fit d'abord appel à Delniau, décrit comme s'adonnant à la magie noire et à la sorcellerie, pour conjurer les esprits, mais l'opération échoua. Les chanoines d'Autun dépêchèrent ensuite messire André Guijon, docteur en théologie, qui découvrit des preuves démoniaques et fit traduire l'abbé devant la justice. Le 6 avril 1624 Delniau fut publiquement dégradé en l'église Saint‑Lazare par l'évêque d'Autun; son procès se termina le 17 avril par une condamnation à être pendu et brûlé, et il fut exécuté quelques jours après sur la place du Champ‑de‑Mars d'Autun, âgé de 70 ans. La « chambre de l'abbé Delniau » conserve des dessins géométriques qui lui sont attribués et une cheminée singulière dont l'extrémité supérieure de l'un des jambages, sous la tablette, prend la forme d'une tête de bouc.
La bibliographie comporte notamment J. de Masin, « La chambre de l'abbé Delniau » (Images de Saône‑et‑Loire, n°17, mars 1973), Françoise Vignier (dir.), Le Guide des Châteaux de France, 71 Saône‑et‑Loire (1985), et Eugène Fyot, Le château et les seigneurs de Brandon (Mémoires de la Société éduenne, 1899; édition 1900). Des notices Mérimée et le site officiel fournissent des compléments, et des articles portent sur les châteaux de Saône‑et‑Loire ainsi que sur les anciennes personnalités propriétaires, comme Nicolas Tripier et Ferdinand de Jouvencel.