Origine et histoire du Château de Brest
Le château de Brest, implanté sur un éperon rocheux dominant la rade et l’embouchure de la Penfeld, trouve ses origines dans un castellum gallo-romain du IIIe siècle. Ce camp romain, construit pour contrer les invasions saxonnes, abritait une garnison de Maures osismiaques et servait de point de défense stratégique pour la côte armoricaine. Les vestiges de cette époque, notamment des murs en opus mixtum (alternance de briques et moellons), sont encore visibles dans les fondations actuelles. Le site, occupé sans interruption depuis l’Antiquité, devient un enjeu stratégique majeur au Moyen Âge.
À partir du XIIIe siècle, le château passe sous le contrôle des ducs de Bretagne, notamment Jean Ier le Roux qui l’acquiert en 1235. Pendant la guerre de Cent Ans (1337–1453), il est disputé entre Bretons, Anglais et Français, changeant plusieurs fois de mains. Jean IV de Bretagne le récupère en 1397 après l’avoir racheté aux Anglais, marquant le début d’une série de renforcements défensifs. Les ducs Jean V et François II, au XVe siècle, modernisent la forteresse en y ajoutant des tours (Duchesse Anne, Azénor) et en adaptant ses défenses à l’artillerie naissante.
La citadelle connaît un tournant décisif au XVIIe siècle avec l’intervention de Vauban, qui la transforme en une place forte bastionnée entre 1683 et 1695. Les tours médiévales sont partiellement arasées pour créer des plateformes d’artillerie, et des ouvrages extérieurs (glacis, demi-lunes) renforcent sa protection terrestre. Le château, désormais intégré au système défensif du port militaire de Brest, devient un symbole de la puissance navale française sous Louis XIV. Au XVIIIe siècle, il résiste aux assauts anglais et joue un rôle clé pendant la Révolution, servant de prison sous le nom de Fort-la-Loi.
Au XXe siècle, le château subit de lourds dommages lors de la Seconde Guerre mondiale, notamment pendant le siège de 1944. Restauré après 1945, il abrite depuis 1953 la préfecture maritime de l’Atlantique et, depuis 1958, le musée national de la Marine. Ses souterrains, creusés par les Allemands, abritent aujourd’hui le Centre opérationnel maritime atlantique. Classé monument historique, le site conserve des éléments architecturaux allant du XIIIe au XVIIe siècle, témoignant de son évolution militaire et stratégique.
La tour César, datant du XIIIe siècle, et les tours Paradis, avec leurs toits en poivrière, rappellent son passé médiéval, tandis que les modifications de Vauban illustrent l’adaptation aux guerres modernes. Le donjon, cœur de la forteresse, et le bastion Sourdéac (XVIe siècle) montrent l’ingéniosité des ingénieurs militaires. Le château reste un lieu symbolique, mêlant histoire militaire, patrimoine architectural et mémoire maritime, comme en témoigne l’inhumation en 2011 des restes d’un marin de l’expédition Lapérouse dans son enceinte.
Le site, ouvert au public pour ses remparts et son musée, offre une vue imprenable sur la rade de Brest, rappelant son rôle historique de garde maritime. Les collections du musée, incluant des maquettes de navires et des figures de proue, évoquent l’âge d’or de la marine à voile et l’histoire de l’arsenal. Aujourd’hui, le château incarne à la fois la résistance bretonne, l’ingénierie militaire française et la vocation maritime de la ville, tout en restant un lieu actif pour la Marine nationale.