Origine et histoire du Château de Cabrerets
Le château de Cabrerets, situé dans le département du Lot en Occitanie, trouve ses origines au XIIIe siècle avec une première forteresse appartenant aux familles Barasc puis Cardaillac. L’édifice actuel, reconstruit au début du XVIe siècle par la famille de Gontaut, seigneurs locaux, s’organise autour d’une cour centrale. Il intègre deux ailes flanquées de tours rondes, dont une tour d’escalier à l’angle, et un jardin en terrasses aménagé au sud. La construction, inachevée en raison des guerres de Religion, fut poursuivie au XVIIe siècle avec l’ajout d’une terrasse à balustres et d’une charpente en carène.
Au XVIe siècle, le château appartient à la puissante famille de Gontaut, dont Charles de Gontaut-Biron, maréchal-duc et proche d’Henri IV, avant de devenir un symbole de trahison après sa conspiration contre le roi. Au XVIIIe siècle, les Gontaut désertent le Quercy pour leur domaine de Biron en Dordogne. Pendant la Révolution française, le château est confisqué comme bien national : Armand-Louis de Gontaut-Biron, dernier seigneur, et son épouse Amélie sont guillotinés en 1793-1794. Le domaine, morcelé, est vendu et racheté progressivement par les héritiers de Joachim Murat, roi de Naples, à partir de 1850. Ces derniers entreprennent sa restauration, tout en préservant des éléments défensifs comme les caves troglodytiques et les bouches à feu.
Classé monument historique en 1996, le château conserve des traces de ses multiples campagnes de construction : fenêtres moulurées des XVe-XVIe siècles, cheminées monumentales, et toiles du XVIIe siècle illustrant des scènes de chasse. Les analyses dendrochronologiques (2009) confirment une première phase de chantier entre 1507 et 1515, liée au mariage de Raymond de Gontaut avec Françoise de Bonnafous. L’aile ouest, partiellement inachevée, montre des pierres en attente témoignant des projets avortés. Pillé pendant la Révolution, le château abritera même un musée de préhistoire de 1934 à 1964 avant d’être transmis à la famille Sahut d’Izarn, descendante des Murat.
L’architecture du château reflète son évolution : la tour sud, point de jonction des ailes en V, domine l’escarpement rocheux, tandis que la tour nord-ouest abrite un escalier dans l’épaisseur des murs. Les façades mêlent appareils du XVIe siècle (fenêtres à moulures) et ajouts baroques (terrasse à balustres). Le site, initialement précédé d’une cour fortifiée aujourd’hui disparue, illustre la transition entre château médiéval et résidence d’agrément. Les jardins en terrasses, ornés de buis et d’ifs taillés, complètent cet ensemble où se mêlent histoire militaire, intrigues politiques et patrimoine familial.
La famille Murat, liée à l’épopée napoléonienne, joue un rôle clé dans la sauvegarde du château au XIXe siècle. Joachim Murat, beau-frère de Napoléon Ier, envisage un temps d’offrir le domaine à son frère André, mais le projet échoue. Ses descendants, dont le comte Murat (député du Lot), rachètent et restaurent les parties délabrées, comme la tour de Marcenac reconstruite en 1994-1997. Aujourd’hui propriété privée, le château perpétue la mémoire des Gontaut-Biron, des Murat, et des artisans ayant façonné ce témoin des guerres de Religion, de la Renaissance quercynoise, et des bouleversements révolutionnaires.