Origine et histoire
Le château de Canac, situé à Onet-le-Château près de Rodez (Aveyron), est érigé entre la 2e moitié du XVe siècle et la 1ère moitié du XVIe siècle. Il appartient initialement à la famille Sicard, notamment à Blaise Sicard (1486-1554), officier de Louis XI et consul de Rodez, qui en reçoit la propriété en 1517 de Georges d’Armagnac. Les réaménagements majeurs datent de cette période, combinant un noyau médiéval (pièces voûtées, fenêtres en accolade) et une extension Renaissance (échauguettes, croisées ornées). Le blason des Sicard, visible sur une cheminée, confirme leur rôle central dans sa transformation.
En 1533, François Ier y fait halte avant son entrée à Rodez, soulignant l’importance stratégique du site. Le château passe ensuite par alliance à la famille de Campmas dans les années 1580, puis à divers propriétaires au XVIIe siècle. Un inventaire de 1652 révèle son occupation par un métayer, tandis qu’un autre de 1689 atteste de travaux de restauration sous la gouvernance de Cécile Tabarelle. Les dispositifs défensifs (casemates, canonnières, archères) et les décors intérieurs (cheminées gothiques et Renaissance, vitraux) témoignent de son évolution entre fonction militaire et résidence seigneuriale.
Au XIXe siècle, le château change plusieurs fois de mains avant d’être acquis en 1903 par Paul Bugard, qui en confie la restauration à l’architecte départemental Henri Pons. Ce dernier reconstruit notamment l’escalier en vis et modernise partiellement les intérieurs, tout en préservant des éléments historiques comme la charpente du XVIe siècle, classée en 1991. Le château, inscrit aux Monuments historiques en 1990, est transformé en maison d’hôtes en 2014 après son rachat par la famille Busset. Son architecture, alliant grès rose local et lauzes de schiste, en fait un joyau du patrimoine rouergat.
L’édifice se distingue par son plan médiéval à quatre tours d’angle et une tourelle d’escalier, ainsi que par ses façades asymétriques reflétant les campagnes de construction successives. La façade sud-est, ordonnancée selon un axe symétrique, contraste avec la façade nord-est aux échauguettes plus austères. Les influences italiennes (cheminée inspirée de Sebastiano Serlio) et françaises (décors Renaissance) y coexistent, tandis que les vitraux du XIXe siècle réemploient des grisailles du XVIe siècle. Les charpentes, notamment celle du comble à entrait retroussé, sont remarquablement conservées.
Les intérieurs conservent des traces des aménagements antérieurs aux extensions du XVIe siècle, comme les deux pièces voûtées en berceau brisé ou les cheminées en grès rose, dont une ornée d’une marguerite évoquant Marguerite d’Angoulême. Le rez-de-chaussée surélevé et le premier étage, bien que remaniés, préservent des dispositions d’origine, avec des lambris, des placards muraux et des cabinets aménagés dans les échauguettes. Les transformations du XIXe siècle, bien que destructrices pour certains éléments (portail Renaissance, cheminée armoriée), ont permis la sauvegarde globale de la structure.
Classé pour ses façades, toitures et charpente du XVIe siècle, le château de Canac illustre la transition entre Moyen Âge et Renaissance en Rouergue. Son histoire reflète les mutations sociales et architecturales de l’époque, des seigneurs locaux (Sicard, Campmas) aux propriétaires bourgeois des XIXe et XXe siècles. Aujourd’hui, sa vocation touristique perpétue son rôle de témoin du patrimoine historique et culturel de l’Aveyron.