Origine et histoire
Le château de Canaples fut construit à la fin du XIXe siècle par l’architecte amiénois Anatole Bienaimé pour un pharmacien de Doullens enrichi par l’extraction de phosphate. Ce monument, emblématique de l’ascension sociale de la bourgeoisie provinciale, mêle les styles des XVIIe et XVIIIe siècles avec une façade en pierre de taille, un perron monumental et une toiture à la Mansart. Son intérieur, influencé par la Renaissance, conserve des mosaïques, faïences et vitraux signés Gaétan Jeannin, ainsi qu’un jardin d’hiver orné de jardinières Art nouveau.
Pendant la Première Guerre mondiale, le château accueillit des officiers français et alliés, dont le Prince de Galles (futur Édouard VIII) en hiver 1917. Le domaine, protégé depuis 2013, comprend un parc de 4,6 ha alliant style paysager et parties régulières, ainsi que des dépendances pittoresques (chenil, poulailler, manège). Une grille en ferronnerie datée de 1908, œuvre du forgeron Carpentier, marque l’entrée du parc, où un thuya géant a été classé Arbre remarquable en 2021.
L’édifice reflète les fastes de la Belle Époque à travers ses décors intérieurs soignés (cheminées, meubles parisiens des frères Gourmain) et son parc éclectique, planté d’essences variées (thuyas, ifs, pins laricio). Les dépendances, en brique avec toits à faîtage, complètent ce témoignage architectural et social, aujourd’hui propriété d’une société privée. Les architectes Anatole Bienaimé et A. Delarue, ainsi que le maître-verrier Gaétan Jeannin, y ont laissé leur empreinte.
Classé monument historique en 2013, le château inclut dans sa protection les façades, toitures, intérieurs, le portail, les dépendances et le parc. Son histoire croisée avec des figures comme le Prince de Galles et son rôle durant la Grande Guerre en font un lieu chargé de mémoire, tout en illustrant l’évolution des goûts esthétiques et des modes de vie de l’élite provinciale entre 1870 et 1920.