Origine et histoire du Château de Canchy
Le château de Canchy, situé dans le Calvados en Normandie, trouve ses origines au Moyen Âge comme forteresse défensive. Avec le château de Colombières, il formait un verrou stratégique sur la vallée de l’Esque pour contrer les invasions venues de la mer. À l’époque médiévale, ses douves et ses tours en faisaient une place forte imposante, dont il ne subsiste aujourd’hui qu’une façade de 100 mètres, avec un pavillon central et deux tours sur les quatre d’origine. Les vestiges, comme les mâchicoulis et les meurtrières dans les escaliers, témoignent de son rôle militaire.
Au XVIe siècle, la famille de Sainte-Marie d’Agneaux transforme progressivement le château en résidence seigneuriale. Louis de Sainte Marie (1555-1616), après avoir abjuré le protestantisme, modernise le bâtiment pour en faire une demeure confortable, avec des jardins à la française s’étendant sur 5 hectares. Ces aménagements atteignent leur apogée au XVIIIe siècle, comme en attestent les plans relevés lors de la visite de Louis XVI en 1786. La Révolution marque un tournant : confisqué comme bien national en 1798, le château est partiellement démantelé et vendu à des particuliers, perdant trois de ses côtés et ses jardins.
La seigneurie de Canchy, initialement liée à la puissante famille du Hommet au XIIe siècle, passe entre les mains de plusieurs lignées nobles. Les du Moustier, notamment, en deviennent propriétaires au XVIIe siècle. Thomas du Moustier (1672) puis ses descendants, comme François Gabriel Aimé (1705-1764), occupent des fonctions prestigieuses (lieutenants généraux, maires de Caen). En 1764, le château est vendu à Charles-François de Broglie, diplomate disgracié qui y restaure les jardins avant sa mort en 1781. La Révolution disperse ses biens, et les restes du château deviennent une exploitation agricole.
Au XIXe siècle, les héritiers de Charles Maurice du Moustier de Canchy (1838) rachètent les ruines et engagent des travaux de restauration. Les bâtiments, utilisés comme granges, conservent des traces des réaménagements des XVIIe et XVIIIe siècles : cheminées ornées, fenêtres à petits carreaux, et sols en pierre. Le colombier seigneurial, symbole des privilèges féodaux, est un vestige notable, tout comme les boulins (niches à pigeons) intégrés à la façade. Les tours carrées, classées monuments historiques en 1927, rappellent l’importance stratégique du site.
Aujourd’hui, le château de Canchy, toujours propriété de la famille du Moustier, porte les marques de ses multiples transformations. La façade conservée mêle éléments médiévaux (fenêtres ogivales, boulins) et ajouts des XVIIe et XIXe siècles. Les travaux de restauration entrepris depuis 1990 ont permis de retrouver des encadrements de pierre originaux et de stabiliser les structures. Bien que partiellement en ruines, le site reste un témoignage architectural des époques Henri IV, Louis XIII et des mutations sociales de la Normandie.