Origine et histoire du Château de Cantepau
Le château de Cantepau, situé à Albi dans le Tarn, trouve ses origines au XVe siècle, comme en témoignent les rares fenêtres à meneaux encore visibles aujourd’hui. Cependant, l’édifice actuel date principalement du XVIIIe siècle, période où la riche famille consulaire albigeoise Delecouls y construit un vaste domaine en brique, reflétant son ascension sociale et économique. Ce premier château médiéval, s’il a existé, fut probablement remplacé ou profondément remanié par les Delecouls, qui en firent un symbole de leur pouvoir local.
La famille Delecouls, notamment Jean-Pierre Delecouls (1706–?), aménage le château au milieu du XVIIIe siècle, ajoutant une chapelle dans une tour en 1746 et acquérant des terres voisines comme le domaine de Lévizac. Son fils, Joseph Delecouls de Cantepau, avocat et membre influent de la loge maçonnique d’Albi, hérite du domaine et perpétue son prestige jusqu’à la Révolution. Le château reste dans la descendance familiale jusqu’en 1878, date de sa vente à la famille Pago, marquant la fin de l’ère Delecouls.
Au XXe siècle, le château subit des transformations radicales : racheté en 1969 par une société de HLM, son parc est loti pour créer le quartier actuel de Cantepau, tandis que l’édifice, fermé et pillé, perd une grande partie de son décor intérieur (stucs Louis XVI, cheminées de marbre, boiseries). Inscrit aux monuments historiques en 1978, il est rétrocédé à la municipalité d’Albi en 1984 dans le cadre d’un projet de zone commerciale, mais continue de se dégrader.
Depuis 2006, le château appartient à un particulier, Didier Sirgue, qui lance en 2009 des travaux de restauration visant à le transformer en complexe hôtelier. Le projet prévoit une brasserie et une résidence dans le parc, tandis que le château lui-même doit accueillir des salles de réception. Malgré les pillages passés, certains éléments architecturaux subsistent, comme les cheminées en brique, l’escalier voûté, et des plafonds à la française au premier étage.
D’un point de vue architectural, le château se distingue par son corps de logis rectangulaire en brique, flanqué de deux tourelles circulaires non surélevées, et une corniche moulurée courant sous le toit. La façade ouest, principale, contraste avec l’arrière où persistent des fenêtres à meneaux médiévales. À l’intérieur, la grande cheminée de la cuisine et un escalier à rampes droites avec voûtes d’arêtes rappellent son passé noble, bien que les décors les plus précieux aient disparu.
Aujourd’hui, le château de Cantepau incarne à la fois un patrimoine albigeois méconnu et un exemple des mutations urbaines du XXe siècle. Son inscription partielle aux monuments historiques (façades, toitures, et quelques éléments intérieurs) protège ce qui reste de son histoire, entre héritage consulaire, déclin, et renaissance contemporaine.