Origine et histoire du Château de Carneville
Le château de Carneville trouve ses origines au début du XVIIe siècle, avec la construction d’un premier manoir en 1640 par François Simon (v. 1592-1660), seigneur local. Ce manoir, encore visible aujourd’hui, est complété en 1699 par un second édifice commandé par son fils, Hervé François Simon (1652-1708). Ces deux bâtiments, transformés ultérieurement en dépendances, illustrent l’architecture rurale normande de l’époque, avec des matériaux locaux comme le granit rose de Fermanville et le schiste.
Le château actuel est érigé en 1755 par François Hervé Simon de Carneville (1721-1798), inspiré du château de Saint-Pierre-Église. Ce nouveau logis, de style classique, intègre une boulangerie et un parc arboré, reflétant les idées physiocrates de développement agricole. La propriété, vastes de 75 appartements et 7 hectares de terres en 1835, est décrite comme un domaine prospère, proche des villes de Valognes et Cherbourg. Son parc, aménagé sur d’anciens marais asséchés entre 1764 et 1770, combine un jardin à la française et des éléments paysagers.
La Révolution française marque un tournant pour la famille de Carneville : deux frères, François Charles Adrien (1754-1816) et Georges François (1750-1837), officiers de cavalerie, émigrent pour servir dans l’armée des Princes puis celle de l’empereur d’Autriche. François Charles Adrien, feld-maréchal et chambellan, finance même une « Légion de Normandie » en 1792. Le château, confisqué et vendu en 1836 à un avocat d’Avranches, change plusieurs fois de mains avant d’être racheté en 1880 par Georges Ernest Symon (1831-1915), restaurant ainsi le lien familial.
Au XXe siècle, le comte René Clérel de Tocqueville (1899-1989), maire de Carneville, entreprend d’importants travaux de restauration après 1945, tandis que sa fille, Hélène, crée une roseraie dans le parc. En 2011, le château est acquis par un antiquaire, puis par Guillaume Garbe en 2012, qui lance des travaux de sauvegarde et ouvre le parc au public. Classé monument historique en 1975 pour ses façades, toitures et décors intérieurs, le château bénéficie en 2018 du Loto du patrimoine pour sa préservation.
L’architecture du château se distingue par un corps de logis quadrangulaire de 26 mètres de long, surmonté de lucarnes cintrées et flanqué d’un avant-corps central à fronton triangulaire. La cour d’honneur, aménagée par René de Tocqueville, est précédée d’une allée bordée d’arbres centenaires, dont un chêne vieilli de 600 ans. Les dépendances, incluant deux manoirs du XVIIe siècle et une boulangerie de 1725, témoignent de l’évolution du domaine, tandis qu’une glacière du XVIIIe siècle et une chapelle ajoutée par les Tocqueville complètent l’ensemble.