Origine et histoire du Château de Cascastel
Le château de Cascastel, situé dans l’Aude, trouve ses origines au XIIe siècle avec une tour de guet massive aux murs de 2,50 m d’épaisseur, conçue pour abriter archives seigneuriales et celliers. Un escalier creusé dans la pierre permettait aux guetteurs d’accéder à la plateforme, tandis que l’entrée, située au premier étage, était protégée par des moyens mobiles retractables. En 1390, une charte atteste de la reconstruction rapide du fort (en moins de trois ans) après des raids aragonais, bien que le reste du site fût alors en mauvais état. La tour, seule vestige du fort primitif, était alors partagée entre l’abbé de Lagrasse et des co-seigneurs laïcs comme Raymond de Castel.
Au XVIIe siècle, un corps de logis s’adosse à la tour, ouvrant sur une terrasse. Le château connaît son apogée au XVIIIe siècle sous l’impulsion de Marie-Thérèse de Ros y Sorribes, veuve de Gaspard de Pailhoux, qui acquiert le fief en 1734 et entreprend des travaux majeurs. Son fils, Joseph Gaspard de Pailhoux de Cascastel (1726–1808), dernier seigneur du lieu, achève l’aménagement du salon des gypseries (1737–1750), orné de quatre panneaux allégoriques (Chasse, Jardin, Volière, Champs) et d’un portrait de sa mère en Diane chasseresse. Ce décor, mêlant styles Louis XIII à Louis XV, témoigne de la richesse artistique de l’époque.
Le château, lié à l’exploitation minière locale (antimoine, mines des Corbières) en partenariat avec des figures comme l’ingénieur Jean Guillot-Duhamel ou le chimiste Jean-Antoine Chaptal, devient aussi un symbole de la transition post-révolutionnaire. Joseph Gaspard, maire de Cascastel après 1789, y meurt en 1808. Classé Monument Historique en 1948 (tour et four) puis en 2001 (intégralité), le site inclut aussi un pont à quatre arches reliant le château à son parc, inscrit aux sites naturels depuis 1943.
L’édifice illustre ainsi trois époques clés : la fonction défensive médiévale (XIIe–XIVe siècles), la renaissance seigneuriale (XVIIe siècle) et l’âge d’or aristocratique (XVIIIe siècle), avant de devenir un patrimoine communal ouvert à la visite. Les gypseries, chef-d’œuvre baroque, et les archives conservées dans la tour en font un témoignage rare de l’histoire locale, des raids aragonais aux Lumières minières.