Origine et histoire du Château de Castelnou
Le château de Castelnou, mentionné dès 988-990 sous le nom de castrum novum, fut édifié sur le territoire d’un ancien château (Castro Camelas, cité en 941). Il devint le siège du pouvoir comtal de Besalú en Vallespir, sous l’autorité d’Oliba Cabreta (v. 920-990), comte de Cerdagne et Besalú. À sa mort, le château fut transmis à ses fils, Bernard Taillefer (comte de Besalú) et Guifred II (comte de Cerdagne), marquant le début de son rôle central dans la vicomté de Castelnou.
En 1018, Guillaume Ier, délégué du comte de Besalú, prit le titre de vicomte de Castelnou, étendant son autorité sur le Vallespir et ses forteresses (Pontellà, Cameles, Corbera, etc.). Le château resta la résidence vicomtale jusqu’en 1286, date à laquelle il fut pris par Jacques II de Majorque lors de la croisade d’Aragon. Restitué en 1299 par le traité d’Argelès, il changea plusieurs fois de mains avant d’être vendu à la famille de Llupia (XIVe–XVIIIe siècles), puis abandonné et partiellement démantelé.
Au XIXe siècle, Ernest de Satgé (1876–1897) entreprit une restauration majeure, ajoutant des éléments néomédiévaux (fenêtres, crénelages) et rendant le château habitable. Après un incendie en 1981, il fut racheté en 2018 par le Conseil départemental des Pyrénées-Orientales pour 1 euro symbolique. Des travaux de mise en sécurité devraient permettre sa réouverture au public, mettant en valeur son architecture hybride (Xe–XIXe siècles) et son histoire vicomtale.
Architecturalement, le château adopte un plan pentagonal irrégulier, avec des remparts épais (3 m) datant partiellement du Xe siècle, renforcés aux XIe–XIVe siècles. La grande salle (n°5), peut-être ancienne chapelle Saint-Pierre (citée en 1020), illustre la superposition des styles : bases en schiste médiéval, fenêtres gothiques (XIIIe), et ajouts du XIXe. Les communs et écuries, reconstruits au XIXe siècle, complètent l’ensemble, tandis que les remparts, initialement dépourvus de tours, reflètent une poliorcétique primitive.
La vicomté de Castelnou, supprimée en 1321, laissa place à une succession de propriétaires (Fenouillet, Bérenger de Castelnou) avant son déclin. Le château, utilisé comme carrière de pierres aux XVIIe–XVIIIe siècles, incarne aujourd’hui un patrimoine catalan marqué par les conflits médiéaux (Majorque, Aragon) et les restaurations romantiques. Son acquisition récente vise à préserver ce témoin de l’histoire féodale du Roussillon.