Origine et histoire du Château de Cénevières
Le château de Cénevières, situé dans le parc naturel régional des Causses du Quercy (Lot, Occitanie), trouve ses origines au XIIIe siècle sous les seigneurs de La Popie. Ces derniers, vassaux des vicomtes de Gourdon, y édifient une forteresse médiévale dont subsistent une tour carrée (dite « des Gourdon ») et des logis aux murs épais, percés d’archères et de fenêtres géminées. La position stratégique du site, sur une falaise à pic, en fait un lieu de contrôle militaire et seigneurial, comme en témoignent les vestiges de remparts et de latrines en encorbellement.
Au XVe siècle, le château passe aux mains des Gourdon par le mariage de Guillemette de La Popie avec Jean de Gourdon. La famille, engagée dans les conflits de l’époque (guerre de Cent Ans, rivalités féodales), modernise partiellement le logis, comme en attestent une cheminée monumentale et des croisées moulurées. Mais c’est au XVIe siècle que Flotard de Gourdon, blessé à Marignan (1515) et Pavie (1525), transforme radicalement la forteresse en palais Renaissance. Son mariage avec Marguerite de Cardaillac en 1531 introduit une influence artistique et humaniste, visible dans les fresques mythologiques (chute d’Icare, enlèvement d’Hélène) et les fenêtres à frontons.
Le château devient un haut lieu du protestantisme sous Antoine de Gourdon (1561–1616), conseiller d’État et proche d’Henri de Navarre (futur Henri IV). Ce dernier, alors roi de Navarre, y séjourne à plusieurs reprises, tout comme le théologien Théodore de Bèze ou les poètes Clément Marot et Olivier de Magny. Antoine de Gourdon, gouverneur de Cahors après sa prise en 1580, érige un temple protestant dans l’enceinte (1616) et renforce les défenses (bastion, corps de garde daté de 1585). Louis XIII récompense sa fidélité en élevant Cénevières au rang de marquisat en 1612.
À sa mort sans héritier, le domaine passe aux La Tour du Pin par le mariage de sa veuve avec Charles de la Tour, maréchal de camp et gouverneur du Dauphiné. La famille, convertie au catholicisme sous Louis XIV (Charles Barthélémy de la Tour abjure en 1691), y reçoit le roi et Madame de Maintenon comme témoins de mariage. Au XVIIIe siècle, Jean Frédéric de la Tour du Pin, ministre de la Guerre de Louis XVI, en est le dernier propriétaire noble avant la Révolution. Le château, pillé en 1789 mais épargné par le feu grâce à des barriques de vin de Cahors, est vendu en 1793 à Louis Naurissart, directeur de la Monnaie de Limoges, qui le sauve de la destruction.
Les XIXe et XXe siècles voient une restauration méticuleuse par les familles Lesage (maires de Limoges) et Braquilanges. Charles Lesage, maire sous le Second Empire, consolide remparts et intérieurs, tandis qu’Odette Lesage (1919) puis Germaine de Braquilanges (1946) poursuivent les travaux. Cette dernière obtient le classement Monument Historique en 1957 et ouvre le château au public. Aujourd’hui, la famille de Braquilanges perpétue son entretien, mettant en valeur ses décors Renaissance, ses fresques, et son histoire liée aux guerres de Religion et à la Réforme.
Architecturalement, le château illustre la transition entre Moyen Âge et Renaissance. La tour des Gourdon (XIIIe siècle), aux murs de 2,70 m d’épaisseur, coexiste avec des logis du XVIe siècle ornés de lucarnes et de galeries à colonnes. Le site conserve aussi un ancien temple protestant, rare témoignage de l’histoire religieuse du Quercy. Les fouilles et études (Tollon, 1993) révèlent des vestiges médiévaux enfouis, comme une chapelle castrale du XVe siècle ou des latrines en surplomb de la falaise, soulignant l’évolution complexe du bâti sur près de cinq siècles.