Origine et histoire du Château de Challain-la-Potherie
Le château de Challain-la-Potherie, situé dans le département de Maine-et-Loire en Pays de la Loire, remplace un édifice médiéval dont l’origine remonte au XIe siècle. Ancien siège de la seigneurie de Challain, il passe entre les mains de familles nobles comme les Châteaubriant, les Chambes, et les Fouquet, avant d’être acquis au XVIIIe siècle par les Le Roy de La Potherie. Ce château médiéval, décrit comme sobre et entouré de douves, est démoli en 1842 pour laisser place à une construction ambitieuse.
La construction du château actuel, commandée par Louise-Ida Le Roy de La Potherie et son époux François Albert de La Rochefoucauld, comte de Bayers, débute en 1847. Le couple, inspiré par le mouvement néo-gothique en vogue parmi l’aristocratie angevine, confie les plans à l’architecte René Hodé, après avoir initialement sollicité Louis Visconti. Hodé, spécialiste du style troubadour, conçoit un édifice rectangulaire flanqué de tours d’angle et d’un donjon central, mêlant une structure néoclassique à un décor médiéval idéalisé. Les travaux, menés par plus de 700 ouvriers, s’achèvent en 1854, malgré une brève interruption lors de la Révolution de 1848.
Le château, surnommé le « petit Chambord » ou « Chambord angevin » pour ses dimensions imposantes (60 m de long, 45 m de haut), est construit en tuffeau de Saumur et granite. Ses façades, ornées de 184 culots sculptés par Jacques Granneau, mêlent des motifs végétaux, des animaux réels ou fantastiques, et des personnages médiévaux. L’intérieur, organisé selon un plan axial classique, comprend des pièces d’apparat au rez-de-chaussée (grand salon, bibliothèque, chapelle) et des chambres à l’étage. Malgré son faste, le château n’accueille jamais les réceptions grandioses imaginées par ses commanditaires, Louise-Ida y vivant surtout dans le deuil après la mort de son mari en 1854.
Le domaine, aménagé entre 1850 et 1882, inclut un parc à l’anglaise de 30 hectares, des étangs, une orangerie, et des fabriques de jardin comme la tour Monplaisir, servant de château d’eau. Après la mort de Louise-Ida en 1884, le château change plusieurs fois de mains : il devient un centre de colonies de vacances au XXe siècle, puis un club ésotérique dans les années 1980, avant d’être transformé en chambres d’hôtes de luxe en 2002. Classé Monument Historique en 1980 et 2004, il témoigne aujourd’hui de l’éclectisme architectural du XIXe siècle et de l’héritage aristocratique angevin.
L’architecture de Challain-la-Potherie illustre le style troubadour, courant en Anjou grâce à René Hodé. Contrairement au néo-gothique rigoureux de Viollet-le-Duc, ce style privilégie une esthétique romantique et idéalisée du Moyen Âge, plaquant un décor médiéval sur une structure moderne. Hodé s’inspire des Très Riches Heures du duc de Berry pour la silhouette du château, tandis que les intérieurs, bien que néo-gothiques dans les pièces de réception, adoptent un confort bourgeois dans les espaces privés. Le château, chef-d’œuvre de Hodé, marque un tournant dans sa carrière, lui valant une renommée durable en Anjou.
Le château connaît une dégradation progressive après la mort de ses commanditaires. Au XXe siècle, il est utilisé comme centre de colonies de vacances par la ville de Choisy-le-Roi (1948-1970), puis racheté par des groupes privés, dont l’Église de l’Unification dans les années 1990. Depuis 2002, il est exploité comme établissement hôtelier haut de gamme par la famille Nicholson, spécialisé dans l’organisation de mariages. Son inscription aux Monuments Historiques en 1980 et 2004 protège ses façades, ses intérieurs, son parc, et ses dépendances, préservant ainsi un patrimoine architectural et paysager exceptionnel.