Origine et histoire du Château de Chalus
Le château fort de Chalus est un des principaux témoins des fortifications auvergnates et conserve des éléments intérieurs civils rares : une cheminée dans le donjon, l’ordonnance d’une salle polygonale du corps de logis central et des peintures murales dans le logis sud. Il occupait autrefois l’ensemble d’une butte dominant la vallée de l’Allier et le bassin du Lembron ; le site a été divisé et seule la partie antérieure, qui défendait l’accès à l’éperon, subsiste comme vestige homogène de l’âge médiéval. Les ruines sont dominées par un donjon cylindrique élevé vers 1300, auquel se sont greffés différents corps de logis aux XIVe et XVe siècles. À l’intérieur, chaque étage du donjon comprend une salle voûtée en coupole. Deux corps de logis s’articulent au pied du donjon : le logis sud comporte une salle polygonale, dite salle du conseil, dont chaque pan est muni d’un arc de décharge brisé reposant sur des colonnettes engagées par l’intermédiaire de chapiteaux. Au rez-de-chaussée de la tour semi-circulaire qui flanque l’angle sud-est du logis, une pièce voûtée conserve des restes d’un décor peint du XVe siècle, comprenant un faux-appareil et un écu tenu par deux anges. Une motte castrale est attestée sur ce site au début du Xe siècle ; un donjon carré en pierre et des remparts datent du XIe siècle, témoignant de plusieurs phases de construction.
La seigneurie appartient aux origines à la maison de Chalus-Lembron, issue notamment de l’alliance d’un certain Guy, considéré comme fils d’Eustorgue Ier, qui obtint le fief en épousant la fille du seigneur local. En 1290, à la suite d’un partage au moment du mariage de Gaillarde de Chalus avec le seigneur d’Apchon, le château fut scindé : la partie sud devint le château d’Apchon-les-Chalus et la partie nord revint à Hugues de Chalus. Les deux domaines furent remembrés en 1347 sous la famille de Chalus, puis séparés et réunis à nouveau au fil de mariages ; en 1609 ils furent définitivement réunis sous la bannière familiale. Acculé par des dettes, Pierre de Chalus et son épouse furent contraints, en 1666, de vendre le château qui fut adjugé à Nicolas de Villers, écuyer, conseiller et secrétaire de la maison et de la couronne de France. Le site, privé et non visitable, a été classé au titre des monuments historiques le 6 octobre 1989.
Plusieurs membres de la maison de Chalus-Lembron ont joué des rôles notables : Robert, seigneur en 1220, épousa Alix de Clermont ; Hugues, en 1229, se porta caution auprès du roi Saint Louis ; Guillaume et Géraud furent otages en 1241 ; Robert III de Chalus trouva la mort à la bataille de Poitiers en 1356 ; Guillaume VI, seigneur d’Apchon-lès-Chalus, prit part aux combats contre Robert Knolles en 1359 ; Hugues (1415-1428) fut impliqué dans un différend avec son suzerain Béraud III dont l’arbitrage lui rendit ses terres. D’autres membres exercèrent des fonctions militaires et de cour, et la branche se poursuivit jusqu’à Françoise de Chalus (1734-1821), dernière représentante, duchesse de Narbonne-Lara et dame d’honneur, qui fut également mentionnée comme maîtresse du roi Louis XV. Une autre branche de la famille posséda des fiefs anciens tels que Prondines, Cisternes, Entraigue, le Puy-Saint-Gulmier, Vialleveloux, Cordès et Orcival.