Origine et histoire du Château de Chamarande
Le château de Chamarande, situé dans l’actuel département de l’Essonne, trouve ses origines au IXe siècle avec une première mention d’un domaine à Bonnes (ancien nom de Chamarande), bien que les fouilles archéo-logiques n’aient révélé aucune fortification. Au Moyen Âge, le fief appartient successivement à des seigneurs comme Ursio de Bonnis (XIIe siècle), puis à des familles influentes telles que les Coquatrix, les Montagu (qui étendent le domaine au XIVe siècle), et les Châtillon (XVe siècle). Les guerres de Cent Ans et de Religion marquent une période troublée pour la région.
Au début du XVIIe siècle, François Miron, prévôt des marchands de Paris et proche d’Henri IV, acquiert les seigneuries de Bonnes et y établit une résidence seigneuriale, probablement l’actuelle « cour des communs ». Son fils Jean agrandit le domaine, mais le château souffre des pillages pendant la Fronde (1652). Endettés, les Miron vendent le domaine en 1654 à Pierre Mérault, ancien fermier des gabelles anobli, qui fait construire l’édifice actuel dans un style Louis XIII, avec une chapelle baroque ornée de vitraux et de stucs par Louis Lerambert. Le parc, inspiré des jardins à la française, est alors agrémenté de canaux, bassins et fontaines.
En 1684, le domaine est vendu à Clair Gilbert d’Ornaison, premier valet de chambre de Louis XIV, qui obtient l’érection de Bonnes en comté de Chamarande par lettres patentes en 1685. Son gendre, Louis de Talaru, marquis de Chalmazel, fait appel à l’architecte Pierre Contant d’Ivry au XVIIIe siècle pour moderniser le château : fronton sculpté (« Pax huic domui »), orangerie, belvédère, glacière, et transformation partielle du parc à l’anglaise, avec une île entourée d’eau attribuée à Hubert Robert. La Révolution française abolit le comté en 1789 et le château est séquestré en 1794, ses meubles vendus aux enchères.
Au XIXe siècle, le domaine change plusieurs fois de mains. Le duc de Persigny, ministre de Napoléon III, y organise des fêtes fastueuses et achève la transformation du parc à l’anglaise avec l’aide du comte de Choulot, ajoutant des essences exotiques et un obélisque inspiré du Songe de Poliphile. En 1876, Anthony Boucicaut, héritier du Bon Marché, y aménage une salle à manger néo-Renaissance et un chenil. Le docteur Amodru, maire de Chamarande, et sa veuve y résident jusqu’en 1922. De 1922 à 1951, le château devient un centre de formation majeur pour le scoutisme français, accueillant des milliers de stagiaires malgré l’occupation allemande puis américaine pendant la Seconde Guerre mondiale.
En 1957, Auguste Mione, directeur d’une entreprise de travaux publics, restaure le château et y développe des infrastructures sociales (cinéma, piscine, bibliothèque) pour les employés et les habitants. En 1978, le conseil général de l’Essonne acquiert le domaine, qui est classé Monument Historique en 1981. Le parc de 98 hectares, labellisé Jardin remarquable, abrite depuis 1999 les Archives départementales, un centre d’art contemporain (créé en 2001), et un fonds départemental d’art contemporain (FDAC) enrichi par des œuvres in situ. Le parc, réaménagé par Jacques Sgard dans les années 1990, mêle héritage des XVIIe et XVIIIe siècles (glacière, orangerie, cyprès chauves) et installations artistiques contemporaines.
Depuis les années 2000, le domaine allie préservation patrimoniale et innovation culturelle. Sous la direction de Judith Quentel (2005–2011), le centre d’art contemporain gagne une renommée nationale, avec des expositions mêlant danse, arts visuels et paysages. Après 2011, la programmation s’oriente vers des thèmes environnementaux, en collaboration avec l’association COAL. Aujourd’hui, le château accueille des expositions thématiques (comme Je suis un animal en 2022), des résidences d’artistes, et des événements grand public, tout en conservant son rôle d’archives et de lieu de mémoire pour l’Essonne.