Frise chronologique
1136–1157
Construction initiale
Construction initiale
1136–1157 (≈ 1147)
Forteresse édifiée par Dodon Ier et II de Chamaret.
1157
Première mention écrite
Première mention écrite
1157 (≈ 1157)
Acte dans le cartulaire de Richerenches.
1254
Partage familial
Partage familial
1254 (≈ 1254)
Amalric construit la Tour Sud (future *Tour du Colombier*).
1506
Prise de contrôle par les Adhémar
Prise de contrôle par les Adhémar
1506 (≈ 1506)
Transformation de la Tour Sud en colombier.
1696 et 1772
Effondrements partiels
Effondrements partiels
1696 et 1772 (≈ 1772)
Dégâts majeurs par écroulement et séisme.
1894–1895
Restauration de la tour
Restauration de la tour
1894–1895 (≈ 1895)
Legs de Xavier Sylvestre ; ajout d’une cloche.
1992
Classement Monument historique
Classement Monument historique
1992 (≈ 1992)
Inscription à l’inventaire supplémentaire.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Ensemble des vestiges (donjon et ruines des deux châteaux) (cad. A 703) : inscription par arrêté du 25 septembre 1992
Personnages clés
| Dodon Ier de Chamaret - Seigneur et fondateur |
Initiateur de la construction en 1136. |
| Dodon II de Chamaret - Seigneur bâtisseur |
Achève la forteresse en 1157. |
| Amalric de Chamaret - Cadet et constructeur |
Érige la Tour Sud en 1254. |
| Adhémar de Grignan - Famille seigneuriale |
Co-seigneurs puis uniques propriétaires en 1506. |
| Xavier Sylvestre - Bienfaiteur local |
Finance la restauration de 1894–1895. |
Origine et histoire
Le château de Chamaret, mentionné dès 1157 dans le cartulaire de Richerenches, est une forteresse féodale édifiée entre 1136 et 1157 sous l’impulsion de Dodon Ier puis Dodon II de Chamaret. Ce site stratégique, aménagé en éperon barré sur un plateau dominant la vallée du Lez, illustre l’architecture défensive du XIIe siècle avec ses deux enceintes et un donjon carré de sept étages. La construction reflète les rivalités familiales : après un partage en 1254, Amalric de Chamaret, de la branche cadette, érige la Tour Sud (future Tour du Colombier), tandis que son frère aîné conserve la forteresse primitive. Cette division entraîne une suzeraineté partagée entre l’évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux et les Adhémar de Grignan, qui prennent plein contrôle du site en 1506.
Les guerres de Religion fragilisent la forteresse, déjà partiellement ruinée par l’écroulement de sa partie nord en 1696 et le séisme de 1772. Au XVIIIe siècle, le comte de Muy acquiert le comté de Grignan, incluant Chamaret, jusqu’à la Révolution. Délaissé, le château sert de carrière de pierres au XIXe siècle avant d’être sauvé par un legs en 1894 : Xavier Sylvestre finance la restauration de la tour, transformée en beffroi avec une cloche, et la consolidation du plateau. Des fouilles en 1995 révèlent des fondations romaines sous la tour, suggérant une specula du IVe siècle, ainsi que des traces d’habitat troglodytique médiéval.
Aujourd’hui, il ne subsiste que des vestiges des deux enceintes, le donjon restauré et deux corps de logis. La Tour de Chamaret, haute de 30 mètres, intrigue les archéologues : sa façade lisse, sans meurtrières, évoque une tour à signaux plutôt qu’un donjon classique. Classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1992, le site témoigne des stratifications historiques, de l’Antiquité aux conflits féodaux, en passant par son rôle dans la communication médiévale entre les comtes de Grignan et la commanderie templière de Richerenches.
L’architecture révèle une dualité défensive : au nord, le donjon et la chapelle castrale dédiée à Saint-Barthélemy (nef à deux travées et abside semi-circulaire) ; au sud, le logis transformé en colombier au XVIe siècle. Le fossé artificiel de 8 mètres de large, creusé dans la molasse, isole le plateau, tandis que les vestiges troglodytiques sur les pentes rappellent la vie quotidienne autour du castrum. Les différends entre l’évêque et les Adhémar, jusqu’à l’éviction du premier à la fin du XVe siècle, marquent son histoire politique.
La restauration de 1894–1895, bien que partielle, a préservé la tour en réaménageant son intérieur et en ajoutant un mur de soutènement. Les découvertes archéologiques (tombes antiques, monnaies d’Agrippa) confirment une occupation romaine précoce. Symbole du pouvoir seigneurial des Chamaret, puis des Grignan, le château incarne aussi les mutations des forteresses médiévales, passées de places fortes à des ruines réinvesties par la mémoire locale.