Origine et histoire du Château de Chantemerle
Le château de Chantemerle, également connu sous les noms de château de La Bâthie ou château de Saint-Didier, est un ancien château fort médiéval construit au XIIe siècle. Il fut édifié par l'archevêque Rodolphe Grossi de Tarentaise, probablement comme une position de repli face aux tensions croissantes avec les comtes de Savoie. Ce château fort, situé sur une crête rocheuse dominant la vallée de l'Isère, servait à la fois de forteresse militaire et de résidence d'été pour les archevêques de Tarentaise, symbolisant leur pouvoir et leur autorité dans la région.
Au cours du XIIIe siècle, le château de Chantemerle devint le centre d'une châtellenie archiépiscopale, englobant plusieurs paroisses et villages. Cette période fut marquée par des conflits territoriaux entre les archevêques et les comtes de Savoie, notamment autour du contrôle de la vallée de la Tarentaise. Le château, avec sa tour maîtresse cylindrique et ses remparts, incarnait la résistance des archevêques face aux ambitions comtales. Les bulles papales et les chartes impériales, comme celle de Frédéric Barberousse en 1186, attestent de l'importance stratégique et politique de ce lieu.
À partir du XIVe siècle, le château subit des transformations pour s'adapter aux nouvelles techniques de siège et aux armes à feu. Les meurtrières furent transformées en fenêtres, les mâchicoulis furent détruits, et de nouvelles entrées furent aménagées. Ces modifications, réalisées en briques, contrastent avec les matériaux originaux du XIIe siècle. Le château perdit progressivement son rôle militaire au profit d'une fonction résidentielle, accueillant les archevêques pour des séjours estivaux. Des personnages comme Jean V de Bertrand et le cardinal Jean d'Arces reconnurent le château comme un fief archiépiscopal.
La Révolution française marqua un tournant dans l'histoire du château. Déclaré bien national, il fut abandonné et tomba en ruine. Ce n'est qu'en 1988 que le département de la Savoie le racheta et entreprit des travaux de consolidation, notamment à l'occasion des Jeux Olympiques d'hiver de 1992. Cependant, les installations modernes, comme l'éclairage, furent rapidement vandalisées, laissant le château dans un état de délabrement partiel. Aujourd'hui, les ruines de Chantemerle témoignent d'un passé riche en conflits et en pouvoir, offrant un aperçu de l'architecture militaire et résidentielle médiévale.
Le château de Chantemerle se distingue par son donjon circulaire de 22 mètres de haut, ses tours flanquantes et ses logis apposés aux remparts. La tour maîtresse, percée d'archères à niche, et la tour carrée, plus tardive, illustrent les évolutions architecturales du Moyen Âge. Les vestiges d'une cheminée à chapiteaux sculptés et les consoles hexagonales rappellent le luxe et le confort des résidences épiscopales. Malgré son état actuel, le château reste un site historique majeur de la Savoie, attirant les passionnés d'histoire et d'architecture.