Origine et histoire
Le château de Charbonnières, aussi appelé château d'Aiguebelle, est un ancien château fort du XIe siècle, remanié au XVIe siècle, situé sur la commune d'Aiguebelle en Savoie. Il fut la résidence ancestrale des comtes de Maurienne puis de Savoie, avant que leur siège ne soit transféré à Montmélian puis Chambéry en 1295. La forteresse, construite sur un verrou glaciaire, contrôlait l’accès à la vallée de Maurienne et la route vers l’Italie par le col du Mont-Cenis.
Le toponyme Charbonnières pourrait provenir du latin carbonaria, évoquant un lieu de production de charbon, bien que certains historiens suggèrent une origine militaire liée à des palissades. Le site, occupé dès l’Antiquité, aurait abrité un oppidum romain, puis des fortifications wisigothes et sarrasines. Au XIe siècle, il devient le centre du pouvoir des Humbertiens, ancêtres de la maison de Savoie, avec des comtes comme Humbert, Amédée Ier, et Othon Ier y résidant.
Au XIIIe siècle, le château perd son rôle de résidence comtale mais reste une place forte stratégique, dirigée par des châtelains. Il subit de nombreux sièges lors des conflits franco-savoyards (XVIe–XVIIIe siècles), notamment en 1600, où il résiste aux troupes d’Henri IV avant d’être détruit. Ruiné au XVIIIe siècle, ses vestiges sont aujourd’hui propriété de la municipalité d’Aiguebelle, après avoir appartenu un temps à la famille du président tunisien Bourguiba.
Architecturalement, le château s’élevait à 80 mètres au-dessus de la vallée, avec un donjon, une citerne alimentée par l’Arc, et une église castrale dédiée à Saint-Laurent. Les ruines actuelles montrent des traces de fossés, une poudrière, et des remparts du XVIIe siècle. La châtellenie d’Aiguebelle, centrée sur le château, gérait un territoire s’étendant jusqu’à La Chambre, avec des droits de péage et une organisation féodale complexe.
Les Archives départementales de la Savoie conservent des comptes de châtellenie datant de 1275 à 1562, témoignant de son importance administrative et militaire. Le château, symbole du pouvoir comtal, fut aussi un atelier monétaire sous Othon Ier. Sa destruction définitive en 1742, après un siège espagnol, marqua la fin de son rôle stratégique en Maurienne.