Origine et histoire du Château de Charmes-sur-l'Herbasse
Le château de Charmes-sur-l'Herbasse, situé dans la Drôme (Auvergne-Rhône-Alpes), trouve ses origines au XIe siècle, sur l’emplacement présumé d’une tour en bois et d’une enceinte du Xe siècle. Occupant une position stratégique surplombant la vallée de l’Herbasse, il illustre l’architecture défensive féodale. Au XIIIe et XIVe siècles, il appartient à la famille de Nerpol, puis passe aux Batarnay par le mariage d’Aymare de Nerpol avec Jordan II de Batarnay en 1340. Leur descendant, Imbert de Batarnay (1438?-1523), y naît et y rencontre adolescent le futur Louis XI vers 1455, marquant le début de sa carrière comme chambellan et conseiller royal sous Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François Ier.
Transformé à la Renaissance, le château perd son aspect purement militaire : les ouvertures médiévales sont murées, remplacées par des fenêtres à meneaux, et les intérieurs réaménagés. Au XVIIe siècle, Jacques Coste, premier président du Dauphiné, en fait un comté en 1652 et y ajoute des cheminées de marbre et un décor en grisaille dans l’oratoire, reflétant son statut social. Les jardins, dotés de bassins et d’un nymphée alimentés par un système hydraulique complexe, datent du XVIIIe siècle. Le château échappe aux dégradations révolutionnaires, mais subit des modifications néogothiques au XIXe siècle, comme l’escalier en bois entre les étages.
Au XXe siècle, le château connaît des périodes troubles : squatté et vandalisé entre 2000 et 2013, il perd une partie de son mobilier et de ses décors (cheminées, boiseries, vitraux). Depuis 2017, Nicolas Chenivesse, âgé de 20 ans à son acquisition, mène une restauration ambitieuse avec des bénévoles. Les toitures, intérieurs et jardins sont réhabilités, et des éléments volés (comme une porte sculptée ou un buste attribué à Ronsard) sont restitués ou recréés. Aujourd’hui ouvert au public, le château allie patrimoine historique et animations culturelles, perpétuant son rôle central dans la vie locale.
L’édifice, inscrit aux Monuments Historiques en 1986, présente un quadrilatère couvert de tuiles, flanqué d’un donjon et de deux tours rondes. Son intérieur révèle des salles emblématiques : le grand salon avec sa cheminée Renaissance sculptée de bustes et de motifs végétaux, l’oratoire aux armoiries des Coste et Simiane (XVIIe siècle), ou encore les chambres d’apparat lambrissées. Les souterrains du XIVe siècle, partiellement effondrés, témoignent de son passé défensif. Les traces des armoiries des Nerpol (XIIIe-XIVe siècles) sur la façade sud rappellent ses premiers seigneurs.
Le château incarne près de mille ans d’histoire, des origines féodales à la renaissance contemporaine. Son architecture, marquée par des transformations successives (Renaissance, classique, néogothique), reflète les goûts et le pouvoir de ses propriétaires : seigneurs médiévaux, conseillers royaux, magistrats dauphinois. Les dégradations du XXIe siècle, suivies d’une restauration exemplaire, soulignent sa résilience et son ancrage dans le patrimoine drômois. Les bassins, le nymphée et les jardins à la française complètent ce site, classé pour son intérêt historique et artistique.