Origine et histoire du Château de Chassy
Le château de Chassy, situé à Montreuillon dans la Nièvre, trouve ses origines au Moyen Âge sous le nom de Cassiacum. Posé sur la rive gauche de l’Yonne, il était à l’origine une maison forte armée de quatre tours rondes, dominant un vallon stratégique où se croisent plusieurs routes. Des vestiges de cette époque subsistaient encore à la fin du XIXe siècle, témoignant de son rôle défensif et seigneurial. La seigneurie de Chassy, mouvante du Duché de Nevers, s’étendait sur trois paroisses : Montreuillon, Montigny et Mhère, reflétant son importance locale.
En 1305, le fief appartenait à Robert de Compont, écuyer, avant de passer par alliance à la famille de Varigny. En 1475, durant les conflits opposant Louis XI à Charles le Téméraire, la maison forte fut détruite. Au XVIe siècle, la seigneurie se fragmenta entre les familles d’Esguilly et de Montsaunin, avant d’être réunifiée par Jacques d’Esguilly en 1575. Ce dernier, marié à Claude de Chastellux, consolida le domaine, préparant sa reconstruction ultérieure.
Le château actuel fut rebâti en 1649 par Jacques Ier de Choiseul, comte de Chevigny, et son épouse Madeleine de Malain, sur les fondations de l’ancienne maison forte. La famille de Choiseul en conserva la propriété jusqu’à la Révolution. Le site, doté de fossés conservés, d’une chapelle intérieure et de communs datant de 1743, devint un symbole de pouvoir seigneurial. Au XVIIIe siècle, il abritait une châtellenie du Duché de Nevers, générant des revenus via des droits féodaux (prévoûté, péages, amendes).
En 1807, le château passa aux Talleyrand-Périgord, puis fut acquis vers 1870 par Henri Parent, notaire et peintre. Au XXe siècle, il devint la résidence de l’artiste Balthus (1953–1961), qui y réalisa une partie majeure de son œuvre. La chapelle Saint-Bernard, reconstruite au XVIIIe siècle, rappelle le passage de Bernard de Clairvaux en 1146, selon la tradition locale. Depuis 1975, les façades, toitures et murs de clôture sont protégés au titre des monuments historiques.
Architecturalement, le château allie des éléments médiévaux (salle voûtée, canonnières) et classiques (lucarnes à frontons, lambris du XVIIe siècle). Les communs, datés de 1743, et une grille en fer forgé (1747) complètent l’ensemble. L’écusson sculpté au-dessus de la porte, bien qu’abîmé, porte les armes des Choiseul et Malain. Le site, marqué par des incendies (1605) et des transformations, illustre l’évolution d’une seigneurie morvandelle sur sept siècles.