Origine et histoire du Château de Château-Thierry
Le château de Château-Thierry, fondé au IXe siècle par les comtes de Vermandois, fut profondément remanié aux XIIe et XIIIe siècles par les comtes de Champagne. Ses vestiges, situés sur une butte dominant la Marne, reflètent une occupation continue depuis l’Antiquité tardive (IVe siècle). Les premières fortifications en bois, érigées au IXe siècle, furent remplacées par des structures en pierre, dont la tour Thibaud, habitat seigneurial séparé par un fossé.
Au XIIIe siècle, Thibaud IV de Champagne modernisa la forteresse en deux phases : entre 1222-1236 (flanc nord et intégration à l’enceinte urbaine), puis 1230-1253 (ajout de tours résidentielles au sud). L’accès principal se faisait alors par une tour-porte sud. En 1285, le mariage de Jeanne de Navarre avec Philippe le Bel intégra le château au domaine royal. Philippe y construisit la porte Saint-Jean, une forteresse autonome, et réorganisa la basse-cour à l’est, transformant l’espace ouest en palais doté d’un complexe culinaire exceptionnel.
Au XVe siècle, Antoine de Bourgogne, dernier grand modificateur, ajusta la forteresse pour l’artillerie : fossé central, casemates, et transformation de la tour Thibaud en plateforme. Après la Révolution (vente comme carrière en 1793) et les transformations napoléoniennes (1813-1814), le site devint un parc public dans les années 1860. Aujourd’hui, ses ruines classées Monument Historique (1932) rappellent son rôle stratégique entre Paris, la Champagne et la Bourgogne.
La butte, longue de 350 mètres et haute de 50 mètres, servit d’assise à une cité fortifiée médiévale. Le donjon du XIIe siècle (30x24 m) dominait un espace protégé abritant résidence, chapelle et communs. La basse-cour orientale, ceinte au XIIIe siècle, fut dotée par Philippe le Bel d’une porte fortifiée à bossages. Le site, situé à un carrefour fluvial et terrestre, contrôlait les échanges entre la Flandre et la Bourgogne.
Les fouilles archéologiques ont révélé une occupation agro-pastorale au IXe siècle, puis une enceinte en pierre avant 1130 sous les comtes de Champagne. Thibaud II (1064-1124) et Thibaud IV (XIIIe siècle) marquèrent son évolution défensive et résidentielle. La guerre de Cent Ans et les apanages royaux (Jeanne d’Évreux, Blanche de France) ajoutèrent des renforcements, comme le pont-levis de la porte Saint-Jean.
Classé en 1932, le château est aujourd’hui propriété communale. Ses vestiges, bien que partiellement détruits (donjon rasé au XVe siècle), offrent un témoignage rare de l’architecture militaire médiévale, des Herbertiens carolingiens aux transformations de la Renaissance. La porte Saint-Jean, chef-d’œuvre de fortification, illustre l’innovation défensive sous Philippe le Bel.