Origine et histoire
Le château de Châteauneuf-du-Pape, situé dans le Vaucluse, surplombe le village et son vignoble depuis près de 800 ans. Son histoire est intimement liée à la papauté d’Avignon, ayant servi de résidence et de forteresse aux papes, notamment Jean XXII, qui y fit construire un château neuf entre 1317 et 1333. Ce monument, à la fois symbole de pouvoir et de protection, a aussi joué un rôle clé dans le développement viticole de la région, avec un vignoble pontifical couvrant jusqu’à 10 hectares.
À l’origine, un castrum romain, mentionné dès 913 sous le nom de castellum de Leri, fut inféodé à Pierre d’Albaron au XIe siècle. Ce vieux château, agrandi et rénové aux XIIe et XIIIe siècles, devint un poste stratégique de surveillance du Rhône. La légende d’une présence templière, évoquée par certains historiographes, a été invalidée par les recherches modernes. Le Castro Novo (nouveau village fortifié), cité pour la première fois en 1094, fut remplacé en 1146 par une construction du comte de Toulouse, identifiée en 1283 comme la « vieille tour ».
L’époque pontificale marqua un tournant : Châteauneuf, dépendant directement de l’évêque d’Avignon, bénéficia d’un statut spécial dans le Comtat Venaissin. Jean XXII, ancien évêque d’Avignon élu pape en 1316, y entreprit d’importants travaux, restaurant le vieux château (3 000 florins) avant d’ériger un château neuf entre 1317 et 1333. Ce dernier, conçu pour la défense, fut complété par des remparts en 1318. Les successeurs de Jean XXII, comme Clément VII (1385–1387), y séjournèrent épisodiquement, notamment lors des épidémies de peste, et contribuèrent à l’entretien du vignoble.
Après le retour des papes à Rome, le château fut délaissé et tomba en ruine, malgré des restaurations partielles aux XVIe et XVIIe siècles. Pendant les guerres de Religion, il devint un enjeu stratégique : pris et incendié par les huguenots en 1562–1563, puis restauré en 1578. Au XVIIIe siècle, il fut loué à des nobles, comme le baron de Powers, avant d’être vendu comme bien national en 1798. Les habitants démantelèrent alors une partie des murs pour réutiliser les pierres.
Le château, classé monument historique en 1892, subit de nouveaux dommages pendant la Seconde Guerre mondiale : occupé par les Allemands, son donjon fut partiellement détruit en 1944 lors de leur retraite. Aujourd’hui, ses ruines, incluant un cellier pontifical du XIVe siècle, abritent des événements liés au vignoble, comme les cérémonies de l’Échansonnerie des Papes. Son architecture, marquée par le style gothique rhodanien, témoigne de l’influence des artisans languedociens et de la synthèse entre art gothique et traditions romanes.
Le vignoble pontifical, développé par Jean XXII avec des vignerons de Cahors, couvrait jusqu’à 10 hectares dans l’enclos des papes, un domaine muré de 9,2 hectares toujours cultivé aujourd’hui. Ce terroir, réputé pour ses vins rouges et muscats, fut célébré par les papes jusqu’à Rome. L’héritage viticole perdure, avec des crus comme le Clos des Papes, classé parmi les meilleurs vins du monde au XXIe siècle.