Origine et histoire du Château de Châteauneuf-sur-Cher
Le château de Châteauneuf-sur-Cher, situé dans le département du Cher en région Centre-Val de Loire, trouve ses origines au XIe siècle comme forteresse contrôlant la vallée du Cher. Jusqu’au XVIe siècle, il appartient aux seigneurs de Culan, une lignée feudataire puissante en Berry. La branche aînée s’éteint avec Aénor/Eléonore de Culan (†1420), puis le domaine passe à la branche cadette, dont Louis de Culan (1360–1444), amiral de France, en hérite en 1420. Après sa mort sans descendance, les biens reviennent à son neveu Charles Ier de Culan, Grand-maître des arbalétriers. Les Culan conservent Châteauneuf jusqu’en 1564, malgré des tensions locales : Bertrand de Culan est assassiné en 1529 par les habitants, excédés par ses procès. Son fils François de Culan, marié à une noble compromise dans une affaire criminelle, vend finalement le domaine en 1564.
En 1564, Claude II de L’Aubespine, secrétaire d’État d’Henri II, acquiert la baronnie. Le château, incendié en 1569 par les protestants pendant les Guerres de religion, est reconstruit dans un style Renaissance par son fils Guillaume de L’Aubespine, ministre d’Henri III et Henri IV. Les façades intérieures, ornées de sculptures attribuées à Germain Pilon, reflètent ce faste. En 1680, le domaine est saisi et adjugé à Colbert, avant d’être vendu en 1715 à la famille de Pontchartrain, puis en 1739 au marquis Paul-François de Galluccio de L’Hôpital, ambassadeur. Confisqué comme bien national en 1793, il est racheté par le financier Claude Caroillon des Tillières.
Au XIXe siècle, le château entre dans la famille de Maillé par le mariage de Jeanne d’Osmond avec le duc Jacquelin de Maillé (1845). Leur descendant, le duc Gilles de Maillé, y accueille en 1944 la reddition du général allemand Botho Elster, marquant un épisode clé de la Libération. Vendu en 2001 à un promoteur, Yves Collaone, le château est divisé en copropriété, puis abandonné en 2006 après des travaux inachevés et des pillages. Depuis 2015, Claude et Mireille Charrier le rachètent lot par lot pour le restaurer. Classé Monument Historique dès 1926, sa protection est étendue en 2021 à l’ensemble du domaine, incluant parc, potager et dépendances.
L’architecture mêle des vestiges médiévaux (courtine est, donjon) à une reconstruction Renaissance. La façade ouest, talutée et haute de 30 mètres, domine la lice, tandis que la cour intérieure, carrée, est bordée de trois corps de logis aux façades ordonnancées. Le portail d’entrée, daté de 1581, est flanqué de tours jumelles coiffées en poivrière. Les intérieurs, bien que partiellement détruits, conservaient des boiseries dorées et des sculptures attribuées à l’atelier de Germain Pilon. Le château illustre ainsi les transformations d’une forteresse médiévale en résidence aristocratique, avant son déclin contemporain.