Origine et histoire
Le château de Châtellenot, édifié vers 1100 sur un éperon rocheux à 600 m d’altitude, remplace un ancien camp romain. Ses premières fortifications (XIIe-XIIIe siècles) incluent une abside en cul-de-four et un fossé sec taillé dans le roc, partiellement comblé à la Révolution. Le pont-levis, parmi les plus anciens de Côte-d’Or, est mentionné dès 1140 avec Milo de Castellulo, tandis que le donjon central, détruit en 1770, abritait des vestiges archéologiques (squelettes, armes, grains brûlés).
Propriété ducale en 1196, le château passe entre les mains de familles nobles comme les Châtellenot, Mont-Saint-Jean, ou Bourgogne. Pendant la guerre de Cent Ans (XIVe siècle), il est renforcé par des fossés et un haut donjon, aujourd’hui disparu. En 1384, l’écuyer Jehan de Chasteullonnet participe à la campagne d’Écosse sous Jean de Vienne. Le fief, souvent vendu ou repris (ex. : rachat pour 400£ en 1266), subit des remaniements majeurs, dont une extension sous Napoléon III.
La Révolution française marque un tournant : le donjon est abattu, les pierres réutilisées pour le village, et les souterrains (oubliettes) murés au XIXe siècle. Au XXe siècle, l’ingénieur Jacques Gérin (1959-1982), inventeur de la roue de sécurité automobile, occupe les lieux avant leur rachat par une famille passionnée. Les restaurations récentes ont sauvé 60% des toitures et reconstruit le rempart Nord (10 m de haut). Le pigeonnier du XIVe siècle, accessible par les combles, abrite encore des boulins en pierre et poterie.
L’architecture mêle styles médiéval et moderne, avec un puits de 60 m creusé dans le roc et les traces d’un jardin à la française. Le site, point de partage des eaux, offre un panorama exceptionnel sur l’Auxois, le Morvan et la Bussière-sur-Ouche. Son rôle historique inclut le tracé du canal de Bourgogne, décidé depuis ses terrasses. Aujourd’hui, le château allie ruines médiévales et aménagements des XVIIIe-XIXe siècles.
Classé parmi les châteaux forts de Côte-d’Or, Châtellenot illustre les transformations militaires et seigneuriales, de la féodalité à la Révolution. Ses vestiges, dont la tour à pont-levis et le colombier, en font un témoin rare de l’histoire bourguignonne, entre conflits, héritages familiaux et innovations architecturales.