Origine et histoire du Château de Châtenois
Le château de Châtenois, situé dans le Bas-Rhin, est mentionné dès 1297 comme une forteresse appartenant à l'évêque de Strasbourg. Ce site atypique associe un château, une église et un cimetière fortifié – le plus vaste d’Alsace –, ceint par un fossé. À l’origine, il abritait aussi une résidence épiscopale et un atelier monétaire au XIVe siècle, reflétant son importance stratégique et économique pour la région.
En 1298, l’évêque cède une partie du château en fief à Heinrich Waffler von Eckerich. Au XVe siècle, le site est engagé à plusieurs reprises, notamment au comte de la Petite-Pierre en 1410, avant d’être acquis par le grand chapitre de la cathédrale de Strasbourg en 1489. Pendant la Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons (1444-1445), le roi Louis XI y établit son quartier général, mais le site est pillé et détruit à son départ. Les conflits se poursuivent : attaqué par les Bourguignons en 1473, il résiste aux troupes du margrave de Bade en 1593, mais tombe face aux Suédois (1632) puis aux impériaux (1677).
L’architecture actuelle conserve des vestiges des murs d’enceinte, un fossé, et la tour des Sorcières (XVe siècle), seule porte subsistante. Une tour axiale sur l’église, datant peut-être de 1432, fut détruite en 1929. Le cimetière, déplacé en 1854, et le logis épiscopal (disparu) rappellent les transformations du site. Classé monument historique en 1932, il témoigne de l’histoire mouvementée de l’Alsace, entre pouvoir épiscopal, conflits militaires et adaptations architecturales.
Les sources historiques soulignent son rôle défensif et symbolique : le terme « Sloss des Kirchoves » (château du cimetière) au XVe siècle illustre son double usage, à la fois lieu de culte et forteresse. Les fouilles et archives révèlent aussi une activités monétaire au XIVe siècle, liée à la présence épiscopale. Aujourd’hui, les vestiges, propriété communale, offrent un aperçu rare des cimetières fortifiés médiévaux, typiques de certaines régions d’Europe centrale.
La toponymie évolutive (Kirchof, Burg) reflète les mutations du site, passé de château épiscopal à ensemble défensif intégré au village. Les destructions successives (guerres, démolitions) ont effacé une partie de son histoire, mais les remparts et la tour des Sorcières restent des marqueurs tangibles de son passé. Les légendes locales, comme celles évoquées par Thomas Riboulet, ajoutent une dimension mystique à ce patrimoine alsacien.