Origine et histoire du Château de Chaulieu
Le château de Chaulieu est une ancienne demeure fortifiée édifiée au XVIe siècle, modifiée aux XVIIe et XVIIIe siècles, située dans le sud-est du département de la Manche, en Normandie. À l’origine, il remplace un château plus ancien sur un site stratégique du Mortanais, à 1,2 km au nord-ouest de l’ancien bourg de Saint-Sauveur-de-Chaulieu, aujourd’hui intégré à Chaulieu. Le domaine, entouré de douves, comprend un logis quadrangulaire flanqué d’échauguettes, un pavillon de garde du XVIe siècle, et une porte ouest ornée de sculptures. Son architecture mêle des éléments défensifs (système d’enfilade des pièces, cheminées en granit) et des décors intérieurs raffinés, comme un plafond peint polychrome dans le grand salon.
La construction de la cour de Chaulieu est attribuée à Pierre Bourget, neveu de Thomas Bourget, sieur de Saint-Germain-de-Tallevende. Receveur des tailles à Vire et Conches en 1587, Pierre Bourget termine sa carrière au bureau des Finances de Caen et meurt en 1638 après s’être converti au protestantisme. Sa famille conserve le château jusqu’en 1706, date à laquelle il passe à Jacques de Carbonnel, un bourgeois protestant caennais. En 1742, le domaine est transmis par mariage à la famille de Calmesnil, puis vendu en 1753 à Julien des Rotours, seigneur de la Lande-Vaumont, dont les descendants le posséderont jusqu’en 1989.
Le château joue un rôle durant les troubles révolutionnaires : en 1796, Louis de Frotté, chef chouan, y séjourne avec ses officiers. La même année, Jacques-Augustin de Rotours, baron de Chaulieu, y décède. Son fils, Louis-Jules-Auguste de Rotours, héritier à 16 ans, rejoint l’armée royale de Normandie commandée par Frotté. Blessé en 1799 lors d’une attaque contre Vire, il échappe aux républicains et se réfugie à Chaulieu. Le domaine reste dans sa famille jusqu’au XXe siècle, malgré les dommages subis en 1944 lors de la bataille de Normandie : la contre-attaque de Mortain endommage gravement les bâtiments, laissés à l’abandon jusqu’à leur rachat en 1989 par M. et Mme Cenni, qui entreprennent leur restauration.
Le château est partiellement classé monument historique depuis le 25 juillet 1973, protégeant ses façades, toitures, ainsi qu’une cheminée du XVIIIe siècle ornée de peintures. À l’intérieur, le système défensif d’origine est encore visible, avec des pièces conçues pour se protéger mutuellement par des tirs en enfilade. Le domaine conserve aussi des éléments mobiliers d’époque et des traces de son passé protestant et militaire, notamment lié à la chouannerie normande.
En août 1944, le château accueille le poste de commandement de la 29e division d’infanterie US du général Gerhardt, durant la libération de la Normandie. Les combats de la bataille de Mortain laissent des séquelles profondes sur les bâtiments, aggravées par des décennies d’abandon. La restauration initiée à partir de 1989 permet de sauver ce témoignage architectural des XVIe–XVIIIe siècles, marqué par des périodes de conflits, de changements religieux et de transitions sociales en Basse-Normandie.