Origine et histoire du Château de Clairvaux
Le château de Clairvaux, situé à Scorbé-Clairvaux dans la Vienne (Nouvelle-Aquitaine), est l’un des premiers exemples d’architecture Renaissance en Poitou. Construit au début du XVIe siècle par Renaud Chabot après une querelle avec Christophe de la Tour Landry, il remplace un ancien château médiéval. Le site, proche du champ de foire, devient un symbole de pouvoir local avec une entrée monumentale et des douves.
En 1580, René de Villequier, gouverneur de Paris et favori d’Henri III, acquiert le domaine et le transforme en comté. Il agrandit le château, ajoute un portail orné et un balcon attribué à Philibert Delorme. Une chambre porte le nom d’Henri III, qui y séjournait fréquemment. Villequier, premier titulaire de l’Ordre du Saint-Esprit, marque l’histoire du lieu par son influence politique et ses aménagements somptueux.
Au XVIIe siècle, César d’Aumont, petit-fils de Villequier, élève le comté en marquisat sous Louis XIII. Sa fille Anne d’Aumont épouse Gilles Fouquet, frère du surintendant Nicolas Fouquet. Gilles entreprend d’ambitieux travaux : communs, pavillons, parc inspiré par Le Nôtre, et modification de la poterne. Les travaux s’arrêtent brutalement après l’arrestation de Nicolas Fouquet en 1661 et l’exil de Gilles, qui meurt en 1694 à Pignerol.
En 1704, Étienne Chérade, anobli en 1693, rachète le domaine. Son petit-fils Adrien-Etienne Chérade modernise le château au XVIIIe siècle, remplaçant le pont-levis par un pont de pierre et ajoutant un corps de logis classique. La Révolution épargne le château grâce à l’engagement d’un fils Chérade dans l’armée révolutionnaire, mais les armoiries (dont celles de Louis XIV) sont détruites. La famille conserve le domaine jusqu’en 1867.
Classé Monument Historique en 1929, le château subit des dégradations pendant la Seconde Guerre mondiale, servant de Kommandantur puis de camp de réfugiés. Racheté et restauré, il abrite depuis 1990 le Musée International du Jeu d’Échecs, avec 160 jeux provenant de 75 pays, dont celui de Napoléon Ier. Une exposition permanente y est consacrée à Henri III.
L’édifice illustre les transitions architecturales entre Moyen Âge et Renaissance, ainsi que les bouleversements politiques des XVIe–XVIIIe siècles. Son parc, ses douves et ses décors intérieurs (comme le balcon de Delorme) témoignent de son prestige passé, tandis que son musée en fait un lieu culturel unique en France.