Origine et histoire du Château de Cognac
Le château de Cognac, aussi nommé château des Valois ou château François Ier, trouve ses origines au Xe siècle avec la construction d’un castrum en bois par Hélie de Villebois, premier seigneur de Cognac. Vers l’an 1000, la dynastie des Villebois s’y installe, et un bourg se forme autour du castrum et du prieuré bénédictin de Saint-Léger, fondé en 1031. Aucune trace de cette première forteresse n’a subsisté, mais des chartes médiévales attestent de son existence. Le site, stratégique au bord de la Charente, devient un enjeu pour les seigneurs locaux et les comtes d’Angoulême.
Au XIIIe siècle, les comtes de Lusignan, successeurs des Taillefer, transforment le château en une forteresse de pierre et fortifient la ville. Guy de Lusignan, puis son fils Hugues X (époux d’Isabelle d’Angoulême, veuve de Jean sans Terre), marquent cette période. Le château change plusieurs fois de mains pendant la guerre de Cent Ans, passant entre Anglais et Français. En 1366-1370, il abrite même Édouard de Woodstock, dit le Prince noir, fils d’Édouard III d’Angleterre. La seigneurie revient finalement à la couronne de France sous Philippe le Bel, mais les conflits persistent jusqu’au retour de Jean de Valois en 1450.
Le XVe siècle inaugure le siècle d’or des Valois à Cognac. Jean de Valois, comte d’Angoulême, entreprend la reconstruction du château en ruine avec son épouse Marguerite de Rohan. Leur fils, Charles de Valois, et sa femme Louise de Savoie en font un foyer intellectuel et artistique, accueillant leur fille Marguerite de Navarre et leur fils, le futur François Ier, né à Cognac en 1494. Vers 1517, François Ier agrandit le château en ajoutant un corps de logis Renaissance face aux quais, marqué par des salamandres et son blason. La façade sobre, surélevée au XIXe siècle, conserve des médaillons sculptés à son effigie.
Après un déclin aux XVIIe et XVIIIe siècles, le château sert de prison pendant la guerre de Sept Ans (1756-1757), où des graffitis de détenus étrangers sont encore visibles. Vendus comme bien national après la Révolution, les lieux sont rachetés en 1795 par des négociants en eaux-de-vie, Otard et Dupuy, qui y installent leurs chais. Bien que des destructions aient eu lieu (chapelle rasée en 1852, tour nord-est en 1812), la société Otard mène des restaurations. Aujourd’hui, le château, propriété privée, mêle vestiges médiévaux (tour du comte Jean, logis du Gouverneur) et éléments Renaissance, témoignant de son histoire mouvementée.
L’architecture actuelle reflète principalement les travaux des Valois. La tour du comte Jean (XIIIe siècle) abrite un rare système d’étuves médiévales et un puits intérieur. Le logis du Gouverneur, avec sa porte gothique et sa cheminée aux armes des Valois-Angoulême, conserve des vestiges du XIIe siècle (arcatures, chapiteaux). Les caves voûtées et les salles des gardes, ornées de graffitis du XVIIIe siècle, rappellent les usages carcéraux. La façade ouest, surélevée en 1852, domine les quais de la Charente, tandis que les deux tours à mâchicoulis (1499-1500) sont les derniers vestiges des remparts.