Origine et histoire du Château de Combourg
Le château de Combourg, édifié dès 1016 par l'archevêque Guiguené pour son frère Rivallon, premier seigneur du lieu, servait initialement à protéger la seigneurie de Comburnium. Au XIe siècle, Rivallon, porte-étendard de Saint-Samson, renforça son rôle de protecteur de la cathédrale de Dol. Le château passa par alliances successives, notamment aux mains de Raoul II de Fougères au XIIe siècle, qui le fortifia face au roi Henri II d'Angleterre. Conquis par les troupes anglaises et bretonnes, il devint un enjeu stratégique avant d’être transmis à la maison de Châteaugiron-Malestroit au XIVe siècle.
Au XVIe siècle, le château fut hérité par le marquis de Coëtquen, puis au XVIIIe siècle par Emmanuel-Félicité de Durfort, duc de Duras, avant d’être acquis en 1761 par René-Auguste de Chateaubriand, père de l’écrivain. Ce dernier y passa une jeunesse morne, immortalisant le lieu dans ses Mémoires. La Révolution française marqua un tournant tragique : le château, confisqué et pillé en 1794 après l’exécution de Jean-Baptiste de Chateaubriand et de sa famille, fut rendu en 1796 à son fils Louis Geoffroy, alors âgé de sept ans. Abandonné pendant eighty ans, il fut décrit comme une ruine romantique par Flaubert en 1848.
Deux campagnes de restauration (1866 et 1878), menées par l’architecte Ernest Thrile, disciple de Viollet-le-Duc, transformèrent radicalement le château dans un style troubadour. Les modifications effacèrent des éléments originaux comme la chapelle et la salle des gardes, remplacés par des salons et un escalier monumental. Le parc fut redessiné à l’anglaise par les frères Bühler. Au XXe siècle, le château servit d’ambulance pendant la Première Guerre mondiale, accueillant 34 blessés, avant d’être visité par le général de Gaulle en 1949. Aujourd’hui, il appartient toujours à la famille de La Tour du Pin Verclause, descendants des Chateaubriand.
Le château est aussi connu pour ses légendes, notamment celle du comte à jambe de bois, Malo-Auguste de Coëtquen, mort en 1727 et censé hanter les escaliers. Une découverte macabre lors des restaurations – un chat momifié emmuré au XVIe siècle – alimenta la légende du « chat fantôme », liée à la Tour du Chat où Chateaubriand avait sa chambre. Ces récits, mêlés à l’histoire familiale des Chateaubriand, contribuent à l’aura mystique du lieu.
Classé Monument Historique depuis 1926 (inscription) et 1966 (classement partiel), le château de Combourg allie architecture médiévale – donjon du XIIIe siècle, mâchicoulis, tours crénelées – et transformations du XIXe siècle. Son étang, baptisé Lac Tranquille par Chateaubriand, et son parc à l’anglaise en font un site emblématique de la Bretagne romantique, lié à la fois à l’histoire féodale et à la littérature française.