Origine et histoire du Château de Commarque
Le château de Commarque, édifié au XIIe siècle à la demande des abbés de Sarlat, fut initialement une tour de bois destinée à sécuriser la vallée, carrefour de routes commerciales entre Périgueux-Cahors et Brive-Bergerac. Gérard de Commarque, l’un des premiers Chevaliers Hospitaliers, entama sa construction avant de partir en croisade en 1116, cédant ses biens à l’ordre. Le site évolua en un castrum semi-troglodytique avec donjon, chapelle et maisons-tours occupées par des familles nobles comme les Beynac, les Cendrieux ou les La Chapelle.
Au XIVe siècle, la famille de Beynac, fidèle à la couronne de France, renforça le château face aux Anglais pendant la guerre de Cent Ans. Le donjon en pierre, rehaussé en 1380 et couronné de mâchicoulis, devint leur logis seigneurial. Malgré la prise anglaise en 1406, les Beynac conservèrent le site jusqu’au XVIIe siècle. Le déclin s’amorça après les guerres de Religion (prise catholique en 1569) et l’effondrement de la salle voûtée. Abandonné au XVIIIe siècle, le château tomba en ruines, servant même de carrière de pierres au début du XXe siècle.
Racheté en 1968 par Hubert de Commarque, descendant de la lignée, le site fut dégagé de la végétation et consolidé. Depuis 1994, des campagnes de restauration ont révélé des maçonneries datant du XIIe au XVIIe siècle. Sous le château, la grotte préhistorique de Commarque, découverte en 1915 par l’abbé Henri Breuil, abrite 150 gravures magdaléniennes (15 000 ans) et est classée depuis 1924. Le castrum, ouvert au public depuis 2000, attire 60 000 visiteurs annuels (2022) et sert de décor à des films comme Les Duellistes (1977) ou la série Fortune de France (2023).
Architecturalement, le château illustre l’adaptation militaire médiévale : campé sur un éperon rocheux, il combine fossés taillés dans la roche, double donjon, courtines à mâchicoulis et cluzeaux (refuges troglodytiques). La chapelle surplombe l’entrée, tandis que les logis nobles, alignés à flanc de coteau, témoignent d’une organisation féodale complexe. Les études des années 1990–2000 ont mis en évidence des reprises de maçonnerie liées aux conflits (Cent Ans, Religions) et aux changements de propriétaires (Hospitaliers, Beynac).
Le site, classé Monument Historique en 1943, incarne aussi un patrimoine immatériel : il a inspiré l’écrivain Robert Merle pour Fortune de France, roman sur les guerres de Religion en Périgord. Aujourd’hui, Aude de Commarque perpétue l’œuvre de son père, Hubert, en alliant préservation, tourisme (animations médiévales, expositions) et recherche archéologique. La grotte, quant à elle, offre un dialogue unique entre préhistoire et Moyen Âge, soulignant la stratification historique du lieu.