Patrimoine classé
Les façades et toitures des anciens communs constituant actuellement les immeubles situés numéros 1, 2, 2bis, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 10 (avec retour sur avenue Stanislas) (cad. AB 287, 345, 346, 280, 348, 274, 273, 349, 350) : classement par arrêté du 5 juin 1972
Personnages clés
| Charles-Henri de Lorraine-Vaudémont - Prince de Vaudémont |
Commanditaire du château baroque en 1708. |
| Stanislas Leszczynski - Duc de Lorraine et roi de Pologne |
En fit sa résidence (1744-1766). |
| Voltaire - Philosophe des Lumières |
Séjourna au château en 1748. |
| Émilie du Châtelet - Mathématicienne et physicienne |
Accompagna Voltaire lors de son séjour. |
| Madeleine Paulmier - Servante à la cour de Stanislas |
Inspira la légende de la madeleine. |
| Léopold Durand - Architecte bénédictin |
Conçut les plans du château baroque. |
Origine et histoire du Château de Commercy
Le château de Commercy, situé dans la Meuse en région Grand Est, occupe l’emplacement d’un ancien château fort du XIIIe siècle, partiellement reconstruit au XVe siècle pour Robert II de Commercy. Au début du XVIIe siècle, le cardinal de Retz en fait sa résidence en conservant les soubassements médiévaux. Ce site stratégique, dominant la vallée de la Meuse, devient un symbole du pouvoir local avant sa transformation majeure au XVIIIe siècle.
En 1708, Charles-Henri de Lorraine-Vaudémont, fils naturel du duc Charles IV de Lorraine, acquiert la principauté de Commercy et entreprend la construction d’un château baroque sur les ruines médiévales. Les plans, inspirés par Germain Boffrand et exécutés par l’architecte Nicolas d’Orbay, intègrent les bases des anciennes tours rondes. À sa mort en 1723, le château passe à son cousin, le duc Léopold Ier de Lorraine, puis à son fils François III, avant d’être cédé en 1737 à la duchesse douairière Élisabeth-Charlotte d’Orléans.
De 1744 à 1766, le château devient la résidence favorite de Stanislas Leszczynski, ex-roi de Pologne et duc de Lorraine. Ce dernier y organise une cour fastueuse, accueillant des figures des Lumières comme Voltaire, Émilie du Châtelet et Jean-François de Saint-Lambert en 1748. Selon la légende, c’est ici que la madeleine, gâteau emblématique, aurait été nommée en 1755 par le roi en l’honneur de Madeleine Paulmier, une servante. Stanislas y aménage aussi des annexes comme le « château d’eau » et la « fontaine royale », aujourd’hui disparus.
Après la mort de Stanislas en 1766, le château est abandonné sur ordre de Louis XV et transformé en quartier de cavalerie jusqu’au XIXe siècle. Les jardins, détruits pour laisser place au canal de la Marne au Rhin et à la ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg, disparaissent presque entièrement. En 1940, un incendie ravage le château pendant la Seconde Guerre mondiale. Rachété par la commune en 1957, il est restauré et classé monument historique (1960 pour le château, 1972 pour les communs), abritant aujourd’hui la mairie et la bibliothèque municipale.
L’architecture du château allie des éléments baroques et classiques : une cour d’honneur encadrée par des communs en hémicycle, des façades à colonnes et frontons, et un escalier monumental compensant la déclivité vers la Meuse. Les décors intérieurs, bien que partiellement perdus, témoignent de son faste passé. Les vestiges des jardins, comme les fabriques disparues, rappellent son rôle de lieu de pouvoir et de culture sous l’Ancien Régime.
Parmi les propriétaires marquants figurent le cardinal de Retz (XVIIe siècle), les ducs de Lorraine, et Stanislas Leszczynski, dont le règne viager en Lorraine a laissé une empreinte durable. Le château, symbole des échanges entre la Pologne et la France, illustre aussi les transformations politiques de la région, de l’indépendance lorraine à son rattachement définitif à la France en 1766.