Origine et histoire du Château de Conros
Le château de Conros, situé à Arpajon-sur-Cère dans le Cantal, trouve ses origines vers 1130 sous l’impulsion d’Astorg d’Aurillac, seigneur local lié à l’abbaye d’Aurillac. Bâti sur un éperon rocheux surplombant la Cère, il contrôlait un pont médiéval et percevait un péage, tout en servant de siège à la viguerie de la Cère, une circonscription administrative ecclésiastique. Le site, initialement nommé Montal, était un fief des vicomtes de Carlat avant de passer sous la domination des Astorg d’Aurillac, qui en firent un bastion stratégique entre Aurillac et Figeac.
Au XVe siècle, la châtellenie de Conros s’étendait sur un vaste territoire incluant des villages, des affars (domaines ruraux) et des fiefs comme Carbonat ou Messac. La famille d’Aurillac (ou de Montal), détentrice du château, rendit hommage aux vicomtes de Carlat pour ce domaine, tout en conservant des liens avec l’abbaye. En 1343, Renaud V de Pons céda les péages de la Cère à Astorg d’Aurillac, consolidant son pouvoir économique. Le château, remanié aux XVIe et XVIIe siècles, intègre des éléments défensifs du XIIIe siècle (caves, rez-de-chaussée) et des aménagements Renaissance, comme une cheminée peinte rapportée de Branzac ou un escalier à voûtes d’ogives.
Les familles nobles se succédèrent à Conros : les d’Aurillac jusqu’au XVe siècle, puis les Saint-Martial (XVIIIe siècle), dont Pierre-François de Saint-Martial, député aux États généraux de 1789. Au XIXe siècle, le château passa aux d’Humières, dont Robert d’Humières (1868–1915), traducteur célèbre. Vendue en 2020 à une société luxembourgeoise, la propriété conserve son escalier monumental, son colombier et un parc à l’anglaise. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1991, Conros illustre l’évolution d’une forteresse médiévale en résidence seigneuriale, marquée par des alliances stratégiques et des remaniements architecturaux.
L’édifice actuel mêle une tour Nord médiévale, un corps de logis rectangulaire et une aile en pavillon coiffée d’un dôme à l’impériale. Les intérieurs révèlent une organisation typique des châteaux-forts : aula (salle de réception), chapelle et espaces privés. La cheminée du XVe siècle, ornée de peintures italiennes commandées par Camille Carracioli, épouse du seigneur de Branzac, témoigne des échanges artistiques de l’époque. Les 70 fenêtres, certaines dotées de menuiseries du XVIIIe siècle, et la couverture de lauzes (1 200 m2) soulignent le prestige du site.
Le château de Conros incarne aussi un pouvoir féodal complexe : les seigneurs y cumulaient droits de justice, péages et hommages multiples (vers Carlat ou l’abbaye d’Aurillac). La toponymie Conros (ou Conrotz dans les chartes) évoquerait un carrefour routier (cum-rupta), renforçant son rôle de contrôle territorial. Aujourd’hui, le site, bien que privé, reste un symbole du patrimoine cantalien, entre mémoire médiévale et héritage aristocratique.