Patrimoine classé
Château : classement par liste de 1862 et par arrêté du 2 février 1903 . Parties suivantes des jardins : canal, terre-plein, miroir d'eau, douves et mur de clôture (cad. AC 272, 84, 86, 87) : inscription par arrêté du 19 janvier 1995 ; Les communs, la maison du gardien et les jardins du château, en totalité, notamment le canal, le terre-plein, le miroir, les installations hydrauliques, la statue de la République, les ponts et le mur de clôture avec son portail (cad. AC 79, 80, 81, 84, 86, 87, 89, 272 et 273) : inscription par arrêté du 9 avril 2019
Personnages clés
| Antoine du Blé d’Uxelles - Commanditaire et constructeur |
Gouverneur militaire de Chalon, bâtisseur du château (1606-1626). |
| Jacques du Blé - Décorateur et collectionneur |
Fils d’Antoine, embellit l’intérieur avec tableaux et boiseries. |
| Pierre Dezoteux - Propriétaire et voyageur |
Baron de Cormatin, planta des arbres d’Amérique après 1785. |
| Alphonse de Lamartine - Poète et homme politique |
Fréquenta le château, lié à la famille de Pierreclau. |
| Raoul Gunsbourg - Mécène et maire de Cormatin |
Directeur de l’opéra de Monte-Carlo, y reçut des chanteurs. |
Origine et histoire du Château de Cormatin
Le château de Cormatin, situé en Saône-et-Loire dans une île de la rivière Grosne, fut construit entre 1606 et 1626 par Antoine du Blé d'Uxelles, petit noble enrichi pendant les guerres de religion. Nommé gouverneur militaire de Chalon par Henri IV, il érigea ce château dans un style Renaissance teinté d’influences militaires (bossages, tourelles), s’inspirant de la citadelle de Chalon pour afficher son ascension sociale. Les travaux, dirigés par l’architecte Jacques Gentillâtre à partir de 1614, inclurent un corps de logis principal et une aile en retour d’équerre, avec des aménagements intérieurs fastueux comme un escalier à cage vide, rare en France.
La décoration intérieure, menée dans les années 1620 par Jacques du Blé, époux de Claudine Phelypeaux et proche de Marie de Médicis, reflète le goût baroque de l’époque. Plus de soixante tableaux furent achetés à Paris pour orner les appartements, dont ceux de la Marquise d’Uxelles, conservant aujourd’hui lambris, cuirs de Cordoue, et plafonds peints attribués à des maîtres comme Rigaud ou Van de Velde. Le château accueillit même Louis XIII et Richelieu en 1629, marquant son importance politique.
Le domaine, transmise aux Beringhen puis aux Dezoteux, connut des transformations majeures : destruction partielle au XIXe siècle pour une manufacture d’indiennes, fréquentation par Lamartine (lié à la famille de Pierreclau), et rénovations sous Raoul Gunsbourg, directeur de l’opéra de Monte-Carlo, qui y reçut des chanteurs comme Caruso. Classé monument historique dès 1862, le château fut restauré à partir de 1980 par ses propriétaires actuels, qui recréèrent aussi ses jardins à la française, inspirés des plans du XVIIe siècle.
Les jardins, initialement aménagés en 1620 puis simplifiés au XVIIIe siècle, furent détruits vers 1815 avant d’être reconstitués entre 1990 et 1993. Ils incluent aujourd’hui un labyrinthe de buis, un potager à l’ancienne, et des essences rares comme des tulipiers de Virginie, plantés par Pierre Dezoteux après son retour d’Amérique. Le château, toujours propriété privée, est ouvert au public et intégré à la Route des châteaux en Bourgogne du Sud.
Parmi les éléments remarquables, on note un escalier à cage vide (le plus ancien de France), des lambris peints, et quatre vitraux du XIIIe siècle provenant de la Sainte-Chapelle de Paris. Le site fut aussi un lieu de tournage pour l’émission Secrets d’Histoire (2018), consacrée à Marie de Médicis, soulignant son lien avec l’histoire royale française.