Origine et histoire du Château de Cornay
Le château de Cornay, situé dans les Ardennes à la frontière de la Champagne et de la Lorraine, est une demeure d’agrément construite au début du XVIIe siècle par la famille de Pouilly. Bien que cette lignée soit liée au métier des armes, l’édifice n’a jamais eu de vocation militaire. Il se distingue par son style Renaissance, marqué par des façades en moellons de gaize et des décors en pierre jaune de Buzancy, ainsi que par des toitures d’ardoise ornées de lucarnes néogothiques. Le château remplace un ancien château féodal détruit pendant les guerres de religion, et son emplacement actuel, sur une terrasse en flanc de coteau, offre une vue sur la plaine de l’Aire.
Profondément remanié aux XIXe et XXe siècles, le château conserve des éléments architecturaux originaux, comme une porte datée de 1608 représentant une maison forte, ou une échauguette masquant l’angle entre le corps de logis et son aile en équerre. Les modifications ultérieures intègrent des références aux activités locales, notamment la viticulture et la sculpture sur pierre. Une porte ornée d’un retable dédié à saint Vincent, patron des vignerons, datant de 1830, témoigne de ce lien avec le village. Ce décor, sauvé d’une maison vigneronne détruite pendant la Première Guerre mondiale, fut réinstallé dans les années 1920 par Jean de Pouilly.
La famille de Pouilly, propriétaire depuis quatre siècles, a traversé les bouleversements historiques sans perdre le château. Pendant la Révolution, Louise de Lardenois de Ville, mère des émigrés Charles et Anselme Louis de Pouilly, réussit à préserver la demeure malgré les risques de saisie. Son fils, Charles, rentre en France en 1802 après avoir servi dans l’armée de Condé. La sœur des émigrés, Louise, épouse le général Jean Baptiste Lorcet, baron d’Empire, illustrant l’ancrage militaire de la famille. Le château, inscrit aux monuments historiques en 1990, reste une propriété privée mais accessible sur demande pour des visites extérieures en été.
L’édifice se caractérise par son harmonie entre fonction résidentielle et esthétique. Les grandes fenêtres, les tours carrées aux toits à quatre versants, et les gargouilles décoratives reflètent une conception axée sur le confort et l’élégance. La façade principale, animée par des moulures et des sculptures de feuilles ou de gueules stylisées, contraste avec la porte flamboyante de la tour sud-est. Un lion de pierre, surmontant un écu sur le pignon nord, rappelle les symboles héraldiques. Le château, tourné vers la vallée de l’Aire et protégé par un bosquet, incarne l’alliance entre patrimoine familial et histoire locale.
Le site est indissociable de son environnement, dominé par l’église fortifiée voisine et la forêt d’Argonne. Son accès, depuis une patte d’oie formée par les routes départementales D4 et D42, souligne son intégration dans le paysage. Bien que propriété privée, le château de Cornay illustre la pérennité d’un héritage architectural et familial, marqué par des adaptations successives sans altérer son caractère Renaissance. Son inscription en 1990 consacre sa valeur patrimoniale dans le département des Ardennes.