Origine et histoire
Le château de Costeraste, situé à Gourdon dans le Lot (région Occitanie), est un édifice défensif dont la construction débute en 1218, durant la Croisade des Albigeois. Il est érigé par la famille Ebrard, alors en ascension sociale, pour contrôler un point stratégique entre les vallées du Céou et du Bléou, ainsi que les routes commerciales vers Cahors et les chemins de pèlerinage de Rocamadour. Ce castrum, composé d’une tour, d’une salle seigneuriale et d’une maison forte, devient rapidement un enjeu militaire et économique dans une région marquée par les tensions entre les seigneurs locaux et les pouvoirs royal et anglais.
Durant la guerre de Cent Ans, le château est occupé par des compagnies de routiers, dont celle d’Aymar d’Ussel, qui en font une base pour des exactions dans la région entre 1348 et 1391. Ces décennies de pillages et de violences laissent le castrum en ruine, comme en témoignent les rapports ecclésiastiques de la fin du XIVe siècle. Après cette période trouble, le château change plusieurs fois de mains, passant des Ebrard aux familles Tustal, Lalande, Albareil, puis Peyronnenc, chacune y apportant des modifications architecturales ou administratives, reflétant leur statut social croissant.
À la Révolution française, le château est vendu comme bien national et divisé en plusieurs lots. Au XIXe siècle, une partie est transformée en église paroissiale et presbytère, altérant profondément sa structure médiévale. Ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que la famille Boudet entreprend sa restauration, redonnant au château son aspect originel et préservant ses vestiges historiques, dont des éléments des XIIIe et XVIIe siècles. Aujourd’hui, il incarne près de huit siècles d’histoire quercynoise, des conflits féodaux aux bouleversements révolutionnaires.
L’architecture du château révèle ses multiples transformations : la tour médiévale, reconstruite après la guerre de Cent Ans, la salle seigneuriale aux fenêtres gothiques, et le logis remanié au XVIIe siècle avec un décor militaire unique, peut-être lié à des querelles d’héritage. Les vestiges de la basse-cour, des enceintes et des dépendances (four, cellier) rappellent son rôle de centre économique et défensif. Les modifications du XIXe siècle, comme la création de l’église, ont effacé certains éléments, mais les restaurations récentes ont permis de retrouver des traces de son passé.
Les familles successives qui ont possédé Costeraste — des Ebrard aux Calvimont — illustrent les dynamiques sociales du Quercy, de l’enrichissement bourgeois à l’anoblissement, en passant par les alliances matrimoniales et les conflits de succession. Leur histoire se mêle à celle des grands événements nationaux, comme les guerres de Religion ou la Révolution, faisant de ce château un miroir des mutations politiques et culturelles de la France méridionale.