Origine et histoire du Château de Cricqueville-en-Auge
Le château de Cricqueville-en-Auge, situé dans le Calvados en Normandie, est une construction emblématique des XVIe et XVIIIe siècles. Il remplace un ancien château fort dont les douves ont presque disparu. Son architecture mêle brique et pierre de taille, avec une façade nord en damier polychrome caractéristique de la Renaissance normande, tandis que la façade sud, remaniée au XVIIIe siècle, arbore un style plus sobre et contemporain.
À l’origine, le fief appartenait aux familles de Silly (XIIIe–XIVe siècles), puis aux de Launay (à partir du XVe siècle). Guillaume de Launay, seigneur en 1497, et son neveu, anobli en 1467, marquent le début de son histoire nobiliaire. Robert de Launay, fils de Guillaume et de Jeanne de Betteville, épouse Marguerite Richard au XVIe siècle. Gentilhomme d’Henri III et chevalier de l’ordre de Saint-Michel, il érige le château actuel, symbole de son prestige, avec des tours imposantes et des cheminées ornées de cariatides exotiques.
Au XVIIe siècle, le domaine passe aux Bence par mariage, avant d’être transformé par Philippe-Guillaume Jacquier de Vieils-Maisons en 1773, qui modernise la façade sud. Au XIXe siècle, le château change plusieurs fois de mains : acquis par Jean-François Goupil en 1819, puis par la famille Chevallier en 1847, dont Jean-Baptiste, maire et conseiller général, en est spolié en 1889 pour ses liens avec le Comte de Paris. Les Lecoeur en deviennent propriétaires dans les années 1930.
L’intérieur conserve quatre cheminées monumentales du XVIe siècle, datées de 1584, décorées de motifs floraux et de cariatides inspirées des voyages normands en Amérique du Sud. Les communs, partiellement en pans de bois, abritaient autrefois un pressoir et un colombier, aujourd’hui disparu. Le château, partiellement protégé aux monuments historiques depuis 1927, illustre l’évolution architecturale et sociale de la noblesse normande, du Moyen Âge à l’époque moderne.
La protection du monument s’étend aux façades (classées en 1965), aux toitures des communs (inscrites en 1996), et aux quatre cheminées du XVIe siècle (classées en 1997). Son portail en plein cintre, ses murs de pierre et son étang, vestige de la basse cour médiévale, complètent un ensemble patrimonial remarquable, témoin des transformations successives d’une seigneurie augère.
Les études dendrochronologiques révèlent des parties datant de la fin du XVe siècle, bien que les extensions majeures aient eu lieu aux XVIe et XVIIIe siècles. La façade nord, restée intacte, contraste avec la façade sud, recrépie et percée de fenêtres à deux vantaux. Les toits à pans coupés, comparables à ceux des châteaux de Fontaine-Henri ou Lion-sur-Mer, soulignent l’influence Renaissance en Normandie.