Origine et histoire
Le château de Crozant est une forteresse médiévale édifiée à la fin du XIIe siècle, puis remaniée aux XIIIe et XVe siècles. Ses vestiges, perchés sur un éperon rocheux entre la Creuse et la Sédelle, illustrent l’architecture défensive de l’époque. Le site, occupé dès la protohistoire, fut abandonné à l’Antiquité avant d’accueillir une première forteresse entre 997 et 1018. Le château actuel, mentionné dans des chartes vers 1200–1210, fut développé par les comtes de la Marche, dont Hugues X de Lusignan, époux d’Isabelle d’Angoulême, à qui une tour est attribuée.
Au XIIIe siècle, le château comtal (Crusanum castrum comitis Marchie) prit sa forme définitive, avec des fortifications renforcées pour résister aux menaces, comme lors de la chevauchée du Prince noir en 1356, où il résista aux Anglo-Gascons. En 1347, le comte de la Marche avait déjà ordonné son approvisionnement face à la crainte d’une attaque anglaise. Le site fut aussi le théâtre de conflits religieux : en 1588, des catholiques extrémistes s’emparèrent du château, causant la ruine d’une tour. Dès 1606, il servit de carrière de pierres pour les habitants, comme en témoigne un procès-verbal de 1640 décrivant son état de délabrement.
Confisqué à la Couronne en 1527 après la trahison du connétable de Bourbon, le château fut acquis en 1646 par Gabriel Foucault de Saint-Germain-Beaupré, gouverneur de la Marche. Ses descendants, dont Henri Foucault (mort en 1678), en héritèrent jusqu’au XVIIIe siècle. Après des siècles d’abandon, les ruines furent rachetées par la commune de Crozant. Aujourd’hui, un syndicat mixte (Département de la Creuse, Communauté de Communes du Pays Dunois, commune de Crozant) mène un programme de réhabilitation, intégrant le site à la Vallée des Peintres, territoire inspiré par les artistes impressionnistes et postimpressionnistes.
Les vestiges incluent plusieurs enceintes, un donjon carré du XVe siècle, deux tours du XIIIe siècle, une chapelle et la tour de l’eau, permettant d’accéder à la rivière à couvert. Classé monument historique en 1997, le château a aussi marqué la littérature : George Sand, après une visite avec Chopin, en fit le cadre de son roman Mauprat, tandis qu’Armand Guillaumin, peintre impressionniste, en célébra la beauté. Les légendes locales, comme celle du Rocher des fileuses ou du pont Charraud construit par le diable, ajoutent une dimension mythique au site.
La liste des seigneurs de Crozant, des Plantagenêts (Henri II, Richard Cœur de Lion) aux Bourbon-La Marche (Jacques II) en passant par les Lusignan (Hugues X), reflète son importance stratégique. Le château fut aussi lié à des figures comme Isabelle d’Angoulême ou les Foucault de Saint-Germain-Beaupré. Son déclin s’accéléra après 1606, quand il devint une source de matériaux pour les villageois, avant sa préservation moderne.