Origine et histoire
Le château de Dampierre-sur-Boutonne, implanté sur deux îles de la Boutonne, trouve ses origines au Xe siècle avec le Chatel Gaillard, forteresse médiévale située sur le tertre actuel de l’église romane. En 1027, la seigneurie passe aux Maingot par le mariage de Pétronille, fille d’Adalbert, avec Hugues Maingot de Surgères. La famille de Clermont-Tonnerre en hérite en 1342 et conserve le domaine jusqu’en 1598. Le site, stratégique, est disputé pendant la guerre de Cent Ans : Du Guesclin y arrache la forteresse aux Anglais en 1373.
Au XVe siècle, François de Clermont, de retour des guerres d’Italie, entreprend la construction du château Renaissance (achevé vers 1475), marquant une rupture avec l’architecture féodale. Sa petite-fille, Jeanne de Vivonne, veuve de Claude de Clermont, transforme radicalement l’édifice entre 1545 et 1550 en y ajoutant deux galeries superposées à l’italienne. Ces galeries, ornées de 93 caissons sculptés et 128 clefs pendantes, forment un ensemble emblématique mêlant symboles alchimiques, devises latines et références à Henri II, Diane de Poitiers et Catherine de Médicis. Ce décor rare, comparable à ceux de l’Hôtel Lallemant (Bourges) ou du Plessis-Bourré, témoigne de l’influence humaniste de la Renaissance française.
Le château connaît des épisodes violents lors des guerres de Religion : assiégé par les protestants en 1586, il est sauvé in extremis par le gouverneur Malicorne, puis pillé en 1587 par Condé en représailles à la destruction de Marcoussis. Vendu en 1599 à David Fourré, il subit des modifications (terrasse Ouest, suppression de bâtiments) avant de passer entre les mains de familles bourgeoises aux XVIIIe et XIXe siècles. Pendant la Révolution, il est saccagé (archives brûlées en 1793), vendu comme bien national, puis restauré à partir de 1840. Incendié en 1944 et à nouveau en 2002, il est chaque fois reconstruit, préservant ses décors Renaissance et son mobilier.
Classé Monument historique en 1926 (premier château privé de Charente-Maritime ouvert au public), le domaine se distingue par ses jardins recréés dans l’esprit de la Renaissance. Le Jardin de Diktynna, inspiré du salon précieux de Claude-Catherine de Clermont (duchesse de Retz), reprend 28 des 93 caissons de la galerie sous forme de parcours initiatiques, labyrinthes et sculptures mythologiques. La peupleraie abrite un labyrinthe arthurien, évoquant le passé médiéval du site. Aujourd’hui, le château, toujours habité, accueille expositions, concerts et visites mettant en valeur son escalier des Valois, sa charpente monumentale et son cabinet des merveilles.
L’architecture du château allie héritage féodal (tours à mâchicoulis, douves) et innovations Renaissance (galeries à arcades, voûtes à caissons). La façade principale, accessible par un pont, présente un corps de logis flanqué de deux tours « en poivrière » coiffées d’ardoises. L’intérieur conserve des cheminées monumentales, des tapisseries et des collections de céramiques. La galerie alchimique, étudiée par l’écrivain Fulcanelli dans Les Demeures philosophales, reste son élément le plus énigmatique, associant science hermétique et art de la devise.
Depuis 2017, la famille Kientz-Pfister-Grunhertz perpétue la tradition de restauration et d’animation culturelle initiée au XIXe siècle par les Rabault-Texier-Hédelin. Le château, ouvert toute l’année, propose des visites thématiques (espace dédié à Salvador Dalí, œuvres de Ghislaine Escande issues des livres calcinés en 2002) et des événements dans le grand comble. Son histoire, marquée par les conflits, les alliances nobles et les reconstructions, en fait un témoin majeur du patrimoine poitevin, à la croisée des influences médiévales, italiennes et classiques.
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