Origine et histoire du Château de Decize
Le château de Decize, situé sur les hauteurs de la ville dans l’ancienne province du Nivernais, trouve ses origines dans un site occupé dès l’Antiquité, comme en témoignent les vestiges d’un temple gallo-romain encore visibles. La première mention archivée remonte à la fin du XIe siècle, marquant le début d’une occupation seigneuriale continue. Ce château fut une résidence privilégiée des comtes et ducs de Nevers, évoluant au fil des siècles entre forteresse militaire et demeure aristocratique.
Au XIIe siècle, la construction du donjon en forme d’éperon et du « château vieux » (logis seigneuriaux et système défensif) marque une première campagne majeure. Les XIIIe et XIVe siècles voient des remaniements des ouvertures de tir et l’ajout de chemises autour des murailles pour moderniser les défenses tout en agrandissant les fenêtres des logis. Ces transformations reflètent l’adaptation du château aux besoins résidentiels et stratégiques de ses occupants, comme Mahaut de Courtenay ou Philippe le Hardi.
Les XVe et XVIe siècles apportent des modifications profondes : réarticulation des logis autour d’un escalier circulaire monumental et d’une galerie couverte, symboles d’un confort accru. Le château, vendue en 1778 par le dernier duc du Nivernais, Jules Barbon Mancini-Mazarini, est ensuite démantelé pierre par pierre. Ses matériaux, marqués de signes lapidaires, servent à construire une partie de la ville. Aujourd’hui, seuls les premiers niveaux des logis et le donjon subsistent partiellement, classés monument historique depuis 1932.
Les archives départementales révèlent la richesse passée du château, avec des comptes de travaux (1357–1405) détaillant les salles, tours, ponts-levis, cuisines et même un pressoir. Ces documents illustrent une vie seigneuriale active, entre embellissements et réparations, bien que leur localisation exacte dans les ruines actuelles reste souvent incertaine. La réutilisation systématique des pierres au XVIIIe siècle explique en partie l’état fragmentaire des vestiges.
Parmi les figures marquantes liées au château, on compte Jean Tristan (fils de Saint Louis), Louis II de Maële, ou encore Bonne d’Artois, qui y ont laissé leur empreinte par des travaux ou des séjours. Marie d’Albret et les Mancini-Mazarini, aux XVIIe et XVIIIe siècles, perpétuent cette tradition de résidence secondaire luxueuse, avant son déclin définitif. Le belvédère actuel, aménagé sur les ruines, offre une vue panoramique sur la Loire et la ville, rappelant son passé stratégique.
La démolition systématique après 1778 efface une grande partie de l’édifice, mais les marques de tâcherons (lettres, chiffres, symboles) gravées sur les pierres réemployées dans Decize témoignent encore de son histoire. Ces signes, alphabétiques (M, W, V) ou géométriques (ancres, croix), servaient autant à la pose qu’à identifier les artisans. Ils constituent aujourd’hui un patrimoine immatériel lié aux vestiges matériels encore visibles.