Origine et histoire du Château de Dieulouard
Le château de Dieulouard, appelé au Moyen Âge « Deus lou wart » (« Dieu le garde » en lorrain), fut érigé vers 997 par Adalbéron II, évêque de Metz, pour abriter les habitants d’un nouveau bourg établi près des ruines de Scarpone, ancienne cité gallo-romaine détruite par Attila au Ve siècle. Ce site stratégique, traversé par la voie romaine Lyon-Trèves, abritait déjà un castrum tardif (IVe siècle), précurseur de la forteresse médiévale. Le château, mentionné pour la première fois en 1028 dans des lettres patentes de l’empereur Conrad II le Salique, devint un poste clé pour contrôler le commerce fluvial sur la Moselle et servir de prévôté évéchoise en terre lorraine.
Au fil des siècles, la forteresse subît de nombreux sièges et destructions, notamment par les Messins (XIIe siècle), Charles le Téméraire (XVe siècle), et les Huguenots. Reconstruit à plusieurs reprises, il adopta au XIVe siècle une structure défensive imposante : une façade rectiligne de 100 mètres, une enceinte polygonale flanquée de sept tours circulaires et d’une tour carrée, des murailles crénelées de 20 mètres de haut, et un pont à bascule. Ces aménagements, partiellement remaniés au XVIe siècle, en firent une place forte majeure, intégrée au tissu urbain avec des maisons adossées à ses remparts.
En 1660, le château fut « écrêté » et rendu inoffensif, avant d’être vendu comme bien national pendant la Révolution. Divisé en lots, il abritait alors une quinzaine de familles qui percèrent de nouvelles ouvertures et aménagèrent des jardins. Sa réhabilitation débuta dans les années 1970, avec la restauration du logis épiscopal et la création d’un musée gallo-romain (Musée des Amis du Vieux Pays), exposant des artefacts de Scarpone — comme des bornes milliaires des empereurs Hadrien et Postumus — et une collection de verres de la Renaissance. Aujourd’hui, le monument, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1927, témoigne de près de mille ans d’histoire, des origines gallo-romaines à son rôle de sentinelle épiscopale en Lorraine.
Le site s’inscrit dans un contexte historique plus large : héritier de la Scarpone antique, il illustre la transition entre l’Antiquité tardive et le Moyen Âge, marqué par les invasions barbares (Alamans, Huns) et la recomposition du pouvoir local autour des évêques. La forteresse fut aussi un enjeu des conflits entre Messins, comtes de Vaudémont, et duché de Lorraine, reflétant les tensions politiques et religieuses de la région jusqu’à l’époque moderne.