Origine et histoire du Château de Digoine
Le château de Digoine se dresse sur un léger mamelon dominant la rive gauche de la Bourbince, sur le territoire de la commune de Palinges (Saône‑et‑Loire). Il fait partie des sites ouverts au public réunis au sein de « La Route des châteaux en Bourgogne du Sud ». Après le mariage de Robert Damas et Marie de Digoine en 1390, une fortification fut édifiée dont subsistent les deux tours de la façade nord. L'ensemble actuel, largement remanié au XVIIIe siècle, doit en partie sa conception à l'architecte Edme Verniquet. Le corps principal, de plan rectangulaire allongé, est flanqué de deux grosses tours circulaires au nord et de courtes ailes en retour d'équerre au sud ; l'avant‑corps central côté parc, précédé de six marches, est souligné par un étage‑attique et des toitures en bulbes surmontées de lanternons. Les ornements de façades associent colonnes et pilastres aux chapiteaux ioniques, composites et corinthiens modifiés, entablements et balcons en fer forgé, ainsi qu'un fronton triangulaire frappé d'armoiries côté sud. À l'intérieur, le grand vestibule en marbre noir et blanc présente des bas‑reliefs de sujets aquatiques, tandis que plusieurs salons conservent des boiseries de style Louis XIV. Des bas‑reliefs de Clodion ornent certains décors et des lambris datent du début du XIXe siècle ; une bibliothèque circulaire d'inspiration néogothique, aménagée vers 1825 avec boiseries en loupe d'orme et cheminée en marbre, est particulièrement remarquable. Le château possède un petit théâtre privé « à l'italienne », décoré par Pierre Luc Charles Ciceri ; aménagé au milieu du XIXe siècle par le comte de Chabrillan, il porte les armes et la devise des Chabrillan peintes sur le manteau d'arlequin et a accueilli Jacques Offenbach en 1851. Ce théâtre, décrit comme intact sans modification ultérieure, présente un plafond circulaire peint et un balcon blanc et or. L'ensemble est complété par une serre du XIXe siècle, un jardin à la française, un parc à l'anglaise de 35 hectares et un étang de cinq hectares ; ces jardins bénéficient du label « Jardin remarquable » depuis 2005. Le domaine est ouvert au public. Après un premier arrêté en 1971, la protection patrimoniale a été renforcée par une inscription au titre des monuments historiques le 1er décembre 1986, concernant notamment le pavillon d'angle nord‑ouest, les façades et toitures des dépendances et le décor de la chapelle, puis par un classement le 5 juillet 1993 portant sur le château lui‑même, le théâtre de la maison du régisseur, la terrasse sud, les deux tours d'angle, le fossé, le pont, la grille d'honneur et son avenue principale, la grille de l'avenue menant au canal, le jardin potager et aux fleurs en contrebas de la terrasse, la serre du XIXe siècle, le parc et l'étang nord. Le château a successivement appartenu aux familles de Digoine, de Damas, de Reclesne, de La Coste‑Messelière et de Moreton de Chabrillan. Selon la tradition et les sources conservées, une maison forte fut d'abord établie sur la motte par la famille de Digoine dès le Xe siècle, le fief échappa à la vassalité du comte de Clermont à la fin du XIIIe siècle, et en 1481 Chrétien de Digoine fut exécuté, sa fille Anne apportant la seigneurie à Jean de Damas. Au début du XVIIIe siècle le domaine passa aux Reclesne, Claude‑Éléonore de Reclesne fit raser l'ancienne forteresse en 1709 pour entreprendre la reconstruction, puis Edme Verniquet remania l'édifice entre 1750 et 1770 ; la construction fut achevée en 1770 par Jacqueline‑Éléonore de Reclesne. À l'époque révolutionnaire, le patrimoine transmit par alliance à Jacques‑Henri‑César de Moreton‑Chabrillan, qui apporta une part des décors intérieurs et des aménagements extérieurs. Philibert le Borgne, baron d'Ideville, disparut sans héritier direct en 1908, et le domaine fut vendu à Pierre de Croix en 1909, qui mena d'importantes restaurations au XXe siècle avec sa femme Denyse du Chastel de La Howarderie. Le château fut ensuite vendu « vide » à Jean‑Louis Remilleux début 2012 ; le nouveau propriétaire a acquis des éléments originaux lors d'une vente aux enchères et a remeublé certaines pièces avec des collections anciennes. En 2022 a eu lieu la première édition du spectacle immersif « 1900 », reconduit en 2023, qui a attiré quelque 14 500 visiteurs.