Origine et histoire du Château de Domfront
Le château de Domfront est fondé vers 1010-1020 par Guillaume Ier de Bellême, qui érige une première fortification en bois sur une crête dominant la vallée de la Varenne. Ce site stratégique, à la frontière sud du duché de Normandie, attire rapidement une population grâce à des privilèges accordés, donnant naissance à la ville de Domfront. Le château, objet de convoitises, est successivement assiégé par le duc Robert Ier de Normandie, puis saisi en 1049 par Guillaume le Conquérant après un siège de quinze mois, marquant son rôle clé dans la défense du duché contre les Angevins.
Au XIIe siècle, le château devient une résidence ducale majeure sous Henri Beauclerc, qui y construit un donjon roman quadrangulaire typique de son règne. La forteresse, renforcée par des tourelles d’angle et des contreforts, résiste à de nombreux sièges, dont ceux liés aux guerres de succession entre les fils de Guillaume le Conquérant. En 1162, Aliénor d’Aquitaine y accouche de sa fille, et Henri II Plantagenêt en fait un lieu de pouvoir, y tenant sa cour et y rédigeant son testament en 1166. La place, disputée entre Anglais et Français, est finalement prise par Philippe Auguste en 1204 lors de l’annexion de la Normandie.
Du XIIIe au XVe siècle, le château change plusieurs fois de mains, subissant des sièges répétés lors de la guerre de Cent Ans. En 1418, il tombe aux mains des Anglais après huit mois de résistance, avant d’être repris en 1450 par les troupes de Charles VII, devenant l’avant-dernière place forte anglaise en Normandie. Les conflits religieux du XVIe siècle marquent son déclin : en 1574, le capitaine protestant Montgommery s’en empare brièvement avant d’être exécuté. Henri IV ordonne son démantèlement en 1598, suivi par Sully en 1610, ne laissant que des ruines classées monuments historiques dès 1875.
Les vestiges actuels incluent deux pans du donjon roman, haut de 28 mètres, ainsi que des portions de l’enceinte flanquée de tours et de casemates du XIIIe siècle. La chapelle priorale Saint-Symphorien, ruinée en 1610, et les vestiges du logis médiéval rappellent son passé de citadelle ducale. Le site, libre d’accès, est géré depuis 1984 par une association dédiée à sa restauration, préservant la mémoire de ses treize sièges et de son rôle géostratégique entre Normandie, Anjou et Maine.
Le château illustre l’évolution des techniques militaires médiévales, passant d’une motte castrale en bois à une forteresse de pierre, puis à un ensemble défensif complexe intégrant des casemates et des fossés taillés dans le roc. Son histoire reflète les luttes entre Plantagenêts et Capétiens, ainsi que les tensions entre pouvoir central et féodalité locale. Les fouilles et restaurations récentes ont permis de mettre en valeur ses structures souterraines et ses remparts, offrant un témoignage tangible des conflits qui ont façonné la Normandie.