Origine et histoire
Le château de Douazan, parfois qualifié de manoir, est édifié au XVe siècle sur des fondations du XIIe siècle près de Nérac, en Lot-et-Garonne. Propriété de la famille de Courtion pendant plusieurs siècles, il est marqué par les guerres de religion : en 1562, le capitaine Pierre de Courtion, seigneur de Douazan, y subit une défaite face à Blaise de Monluc lors de la bataille du Galaup, où 400 à 500 protestants périrent. La seigneurie passe en 1601 à Jean II de Mazelières, capitaine des gardes d'Henri IV, qui agrandit le logis.
Au XIXe siècle, le château est restauré par Joseph Victorien Larroze, ancien maire de Nérac et cousin d'Armand Fallières. Mais c’est au XXe siècle qu’il acquiert une dimension historique majeure : en 1920, le marquis Luigi Della Torre, sénateur socialiste milanais, en fait l’acquisition pour y installer des réfugiés italiens fuyant le fascisme. Sous l’impulsion de Luigi Campolonghi, le domaine devient le siège de la société agricole « La Terra » et un foyer de l’antifascisme italien.
Entre 1924 et 1931, Douazan abrite la Ligue italienne des droits de l’homme (LIDU), fondée par Campolonghi et Alceste De Ambris. Le château accueille des figures majeures de l’opposition à Mussolini, comme Pietro Nenni, Sandro Pertini et Silvio Trentin. En octobre 1926, s’y tient le premier congrès antifasciste italien en exil, marquant la création de la Concentrazione Antifascista. Le domaine, lieu de commémorations et de meetings, symbolise la résistance démocratique contre la dictature.
Architecturalement, Douazan allie un corps de logis médiéval flanqué de tours carrées et d’une tour hexagonale fortifiée, typique des résidences gasconnes. Le pigeonnier du XVIe siècle et les communs du XVIIIe siècle complètent l’ensemble, classé partiellement aux monuments historiques en 1993. Le site, perché sur la Motte-Douazan, offre un panorama sur la forêt des Landes et la vallée de la Baïse.
La vie culturelle y fut intense : concerts, banquets et réunions politiques s’y succédèrent, mêlant exilés italiens et personnalités françaises. Après le départ des Campolonghi en 1931, le château perd son rôle politique mais reste un symbole des luttes démocratiques européennes. Aujourd’hui, il incarne à la fois l’héritage gascon et une page méconnue de l’histoire transnationale de l’antifascisme.