Origine et histoire du Château de Dourdan
Le château de Dourdan, situé dans la région naturelle du Hurepoix en Île-de-France, est un exemple emblématique de l’architecture militaire philippienne. Construit entre 1220 et 1222 sous le règne de Philippe Auguste, il s’inscrit dans un plan de fortification visant à sécuriser le domaine royal face aux Plantagenêts. Son plan carré, inspiré du Louvre, en fait une forteresse symétrique avec donjon isolé, fossés secs, tours de flanquement et châtelet d’entrée, caractéristique des châteaux de cette époque comme Gisors ou Angers. Ce fut la dernière forteresse construite sous Philippe Auguste, achevée un an avant sa mort en 1223.
Avant ce château de pierre, le site abritait une construction en bois et terre édifiée par Hugues le Grand, père d’Hugues Capet, au Xe siècle. Ce premier château, situé à proximité, servit de résidence de chasse aux rois Louis VI et Louis VII, favorisant le développement économique local grâce à la route Paris-Chartres et à la rivière Orge. La forêt dense des Carnutes, héritée de l’Antiquité, en fit aussi un lieu de chasse prisé, renforçant son importance stratégique.
Au fil des siècles, le château changea plusieurs fois de mains et de fonctions. Offert par Louis IX à Blanche de Castille puis à Marguerite de Provence, il devint un rendez-vous de chasse pour Philippe le Hardi et Philippe le Bel. En 1314, Jeanne II de Bourgogne y fut emprisonnée dans le donjon après le scandale de la tour de Nesle. Pendant la guerre de Cent Ans, il fut pillé par les Anglais en 1428 et servit de prison à Étienne de Vignolles, compagnon de Jeanne d’Arc, avant son évasion en 1431. Louis XI le réintégra au domaine royal en 1477.
Les guerres de Religion marquèrent aussi son histoire : en 1567, les protestants saccagèrent Dourdan, et le donjon fut pris en 1591. Le château passa entre les mains de figures comme Henri IV, qui l’offrit à son surintendant Nicolas Harlay de Sancy, puis au duc de Sully. Ce dernier fit combler le fossé du donjon et ajouter des écuries. Au XVIIe siècle, il devint une prison royale sous Philippe d’Orléans, accueillant jusqu’à 300 détenus pendant la Révolution.
Au XIXe siècle, le château entra dans le domaine privé avec des propriétaires comme Amédée Guénée et la famille Guyot. En 1961, la comtesse Gaillard de la Valdène le vendit à la commune de Dourdan, marquant le début d’une longue restauration. Classé monument historique en 1964, il fit l’objet de travaux majeurs entre 1972 et 1987, restaurant tours, donjon, courtines et façades. Aujourd’hui, il abrite un musée et reste un témoignage majeur de l’architecture militaire médiévale.
Architecturalement, le château se distingue par son plan carré de 70 mètres de côté, ceint de fossés de 12 mètres de large. Il comptait six tours et un donjon de 30 mètres de haut (25 mètres aujourd’hui), séparé du reste par un fossé annulaire. Le donjon, pièce maîtresse, abritait une salle commune voûtée, une chambre, et une salle de guet, équipées de cheminées, d’un puits et d’un moulin à bras. La cour comprenait une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste et un hôtel particulier en « U », reflétant son double usage défensif et résidentiel.