Origine et histoire du Château de Duras
Le château de Duras occupe l’extrémité d’un éperon rocheux dominant la vallée du Dropt, à la limite historique de l’Agenais et du Bazadais. La forteresse médiévale, datable des XIIIe–XIVe siècles, se compose d’un corps quadrangulaire flanqué de tours circulaires (sauf la tour nord-est en fer à cheval), précédé d’une basse-cour fortifiée. Ses caractéristiques défensives – archères en croix pattée, escaliers en vis, voûtes ogivales – évoquent les châteaux « clémentins » du Bordelais, suggérant une reconstruction au début du XIVe siècle par Bertrand de Got, neveu du pape Clément V, alors seigneur des lieux.
La forteresse, passée aux Durfort en 1325, résiste aux assièges de la guerre de Cent Ans (notamment celui de Du Guesclin en 1377) sans subir de destructions majeures. Peu de traces attestent de modifications durant la Renaissance ou les guerres de Religion, hormis une canonnière protestante et des fragments d’une galerie du XVIe siècle. La transformation en château d’agrément intervient à la fin du XVIIe siècle sous Jacques-Henri de Durfort, 1er duc de Duras et maréchal de France : les logis sont reconstruits autour d’une cour intérieure, une loggia et des communs voûtés remplacent partiellement les structures médiévales, tandis que les tours sont conservées.
Au XVIIIe siècle, Jean-Baptiste de Durfort, fils du 1er duc, ajoute le « Petit Château » contre la courtine est, incluant un oratoire décoré de stucs représentant les vertus théologales. Des projets d’aménagement de l’avant-cour (orangerie, chapelle, écuries) sont attribués à l’atelier de Robert de Cotte vers 1730, mais seule la grande salle, capable d’accueillir 1 300 personnes en 1738, est attestée. La Révolution entraîne pillages et destructions : les tours sont rasées (sauf celle du sud-est), les bâtiments de l’avant-cour détruits, et les jardins abandonnés. Vendu en 1883 après le démontage des cheminées, le château, dégradé, est racheté par la commune en 1969 et classé Monument Historique en 1970.
Les campagnes de restauration depuis 1970 ont permis de sauver les sous-sols voûtés, la toiture de l’aile est, et les lambris de la chambre de la duchesse. Aujourd’hui, le château abrite partiellement des collections ethnologiques dans ses anciennes salles médiévales. Son histoire reflète les mutations d’une place forte frontalière en résidence aristocratique, marquée par les influences architecturales bordelaises et les aléas politiques, de la guerre de Cent Ans à la Révolution.