Origine et histoire du Château de Fère en Tardenois
Vestiges du château
Situés sur la commune de Fère-en-Tardenois, à environ trois kilomètres au nord-nord-est du bourg, les ruines s'élèvent sur une haute motte artificielle dans le département de l'Aisne. Une place forte y est déjà mentionnée par Flodoard vers 958. La terre de Fère passe, à la fin du XIIe siècle, des archevêques de Reims à la maison de Dreux ; Robert II engage la construction d'une forteresse à partir de 1206, chantier qui se poursuit jusqu'au milieu du XIIIe siècle. Le château, qui a servi de modèle à de nombreux autres, est caractérisé par une enceinte irrégulière heptagonale flanquée de tours cylindriques. La courtine est percée d'une basse-cour et autour d'une cour heptagonale s'alignent sept grosses tours rondes aujourd'hui très ruinées. Ces tours reposent sur des assises particulières, composées de trois à cinq lits semblant former des « dents d'engrenage », et sont percées de hautes archères ; leurs étages étaient séparés au XIIIe siècle par des planchers, disposition remaniée à la Renaissance. L'enceinte est installée sur une motte semi-artificielle haute de 18 mètres, dont le glacis est revêtu de pavés de grès.
Aux XVe et XVIe siècles, la seigneurie passe aux ducs d'Orléans puis aux Valois-Angoulême ; au XVe siècle sont édifiés l'enceinte extérieure et des bâtiments de la basse-cour. En 1528 le château est offert à Anne de Montmorency, qui, de 1530 à 1550, entreprend d'importants travaux : il fait totalement évider l'intérieur du fort en ne laissant que les tours reliées par les courtines et reconstruit un nouveau logis dans la cour, appuyé sur les structures médiévales. Ces transformations sont liées au chantier de Jean Bullant, auquel on attribue notamment le grand pont-galerie ; la façade ouvrant sur la basse-cour et le portail d'entrée sont parfois attribués à Jean Goujon, ce qui explique la qualité des sculptures et de la taille de la pierre. Entre 1552 et 1562 Bullant élève un pont-galerie de style Renaissance, jeté entre la motte et la basse-cour ; long d'environ 60 mètres et composé de cinq arches, il porte une galerie de service et, au-dessus, une longue salle utilisée pour les loisirs mondains, la galerie mesurant environ 5 mètres de large et préfigurant les dispositions du château de Chenonceau. Seuls les murs extérieurs du château médiéval subsistent dans leur grande partie.
Au XVIIe siècle, Henri II de Montmorency hérite du domaine ; après son supplice ses biens sont confisqués puis remis à la maison de Condé, puis passent aux princes de Conti et, plus tard, au duc d'Orléans. Au XVIIIe siècle le château entre dans la dot de Louise Henriette de Bourbon-Conti ; des travaux y sont réalisés avant qu'une décision de démolition ne soit prise en 1769, entreprise qui commence effectivement en 1779. Les matériaux et le mobilier sont vendus, et les restes furent dispersés aux enchères à Paris en 1793. Le dernier propriétaire des ruines, Raymond de la Tramerie, en fit don au conseil général de l'Aisne et fut enterré à proximité ; les anciennes écuries accueillent aujourd'hui un établissement hôtelier.
Le plan du site associe un châtelet d'entrée du XIIIe siècle, encadré de deux tours pentagonales à éperon, à la vaste motte et à la basse-cour dépourvue de donjon ; un puits occupe le centre de la cour. Au pied de la chemise, de fausses braies flanquées de tours semi-circulaires desservent un chemin de circulation ; les logis et communs adossés à la courtine ont été largement reconstruits ou transformés à la Renaissance. Le domaine de chasse historique, d'environ 250 hectares, correspond à l'actuelle forêt de Fère-en-Tardenois.
Les vestiges ont fait l'objet d'une protection au titre des monuments historiques : classés dès 1862, ils ont vu la basse-cour, les façades et toitures des bâtiments, les pavillons et la tour de l'avant-cour et de la basse-cour, l'ancienne porte de l'avant-cour, les murs de clôture et de soutènement ainsi que les sols archéologiques de l'avant-cour et de la basse-cour inscrits par arrêté du 19 avril 1994.