Origine et histoire du Château de Fère en Tardenois
Le château de Fère-en-Tardenois, situé dans le département de l’Aisne en région Hauts-de-France, est un ancien château fort dont les vestiges datent principalement des XIIIe et XVIe siècles. Construit à partir de 1206 par Robert II de Dreux, comte de Braine, il fut érigé sur une motte artificielle haute de 18 mètres, entourée d’une enceinte heptagonale flanquée de sept tours cylindriques. Ce site stratégique, mentionné dès 958 par Flodoard comme une place forte, devint un modèle architectural pour les forteresses médiévales de son époque.
Au XIIIe siècle, le château fut bâti en pierre calcaire, avec des tours aux assises en forme de "dents d’engrenage", une particularité unique. Il passa entre les mains de plusieurs familles nobles, dont les Dreux, les Châtillon, et les Montmorency. En 1298, Gaucher V de Châtillon en devint propriétaire par échange avec Guy de Lusignan, avant d’être vendu en 1392 à Louis Ier d’Orléans, intégrant ainsi le domaine des Valois-Angoulême.
Au XVIe siècle, le connétable Anne de Montmorency, compagnon de François Ier, entreprit d’importantes transformations. Entre 1552 et 1562, il fit construire un pont-galerie Renaissance de 60 mètres, attribué à l’architecte Jean Bullant et au sculpteur Jean Goujon. Ce pont, inspiré des dispositions de Chenonceau, reliait la motte à la basse-cour et abritait une galerie de service et une salle de réception. Les logis médiévaux furent reconstruits ou modifiés, mais seuls les murs extérieurs du château originel subsistèrent.
Le château connut un déclin progressif à partir du XVIIe siècle. Après la décapitation d’Henri II de Montmorency en 1636, il passa aux princes de Condé, puis aux Conti, avant d’être partiellement démoli en 1779 par Philippe Égalité, duc d’Orléans. Les matériaux et meubles furent vendus, et les ruines restantes furent acquises par le conseil général de l’Aisne au XXe siècle. Aujourd’hui, le site, classé monument historique dès 1862, se compose d’une enceinte en ruine, d’un pont-galerie emblématique, et d’une forêt domaniale de 250 hectares, ancienne réserve de chasse.
L’architecture du château de Fère-en-Tardenois illustre une transition entre le Moyen Âge et la Renaissance. Son enceinte heptagonale, ses tours aux assises dentelées, et son pont-galerie en font un témoignage rare de l’évolution des techniques militaires et esthétiques. Les vestiges, protégés et partiellement restaurés, offrent un aperçu de son passé prestigieux, marqué par des figures comme Louise de Savoie, François Ier, et Anne de Montmorency.