Origine et histoire du Château de Ferrassou
Le château de Ferrassou, situé à Saint-Sylvestre-sur-Lot dans le département de Lot-et-Garonne, trouve ses origines au XVe siècle, bien qu’une hypothèse non documentée évoque une fondation possible au XIVe siècle sous domination anglaise. Cette théorie repose sur une analyse par thermoluminescence de briques en terre cuite prélevées dans les murs extérieurs et la voûte de la grande salle basse. Le nom de Ferrassou n’apparaît cependant qu’en 1461, et l’histoire de ses propriétaires n’est attestée qu’à partir du XVe siècle, avec Jean de Laduguie. En 1476, le domaine, alors appelé « ostal e tor apelat de Ferrasso », est acquis par Jean de Podio Extremo (de Pechextrême), bourgeois de Penne lié à la famille de Lustrac.
Dans les années 1490, le château passe à Antoine Ier de Lustrac, qui en fait hommage au roi Charles VIII en 1498. Cette période marque probablement le remaniement du logis et la construction de la tour carrée, dotée d’un escalier à vis gothique à noyau hélicoïdal et voûte en palmier. La grosse tour ronde, de style Renaissance (années 1530-1540), avec ses fenêtres à meneaux et son toit conique originel, est attribuée à Antoine II de Lustrac. Elle pourrait avoir été édifiée pour célébrer le mariage de sa fille, Marguerite, avec le maréchal de Saint-André en 1544. Les communs, flanqués de tourelles, datent également de la première moitié du XVIe siècle.
Au XVIe siècle, Ferrassou connaît son âge d’or grâce à Marguerite de Lustrac (1527-1597), marquise de Fronsac et dame d’honneur des reines Catherine de Médicis et Marie Stuart. Veuve en 1562, elle se retire au château vers 1565 et s’y remarie en 1568 avec Geoffroy de Caumont. Leur fille, Anne (1574-1642), épousera François d’Orléans-Longueville, perpétuant la lignée noble du domaine. À la fin du siècle, le château comprend une galerie à portique, une tour-porte et une chapelle, aujourd’hui disparues. Après des conflits familiaux, le domaine est cédé en 1608 à Pierre de Masparault, dont les descendants le conservent jusqu’à la Révolution, malgré un déclin progressif des toitures et la suppression du troisième étage du logis au XVIIIe siècle.
Au XIXe siècle, Blaise de Lapeyrière, acquéreur en 1812, entreprend une restauration majeure : démolition de l’aile de galerie, ouverture de la cour, et réaménagement de la façade ouest dans un style néo-classique, effaçant les irrégularités gothiques. L’intérieur est décoré en style Empire, avec la date de 1820 apposée sur la grille d’entrée. En 1868, la propriété est morcelée et partiellement rachetée par la famille Charbalié, qui achève les aménagements intérieurs et agrandit les bâtiments agricoles. Le château est classé monument historique en 1973 sous l’impulsion de Michel Virenque, préfet et héritier des Charbalié. Depuis 2019, il appartient à une société civile liée à Philippe Derouin, avocat parisien, et fait l’objet d’une restauration intérieure dirigée par Stéphane Thouin, architecte en chef des monuments historiques.
L’architecture du château allie des éléments médiévaux et Renaissance. La salle basse voûtée en berceau, longue de 25 mètres, et le logis médiéval à cheminées divisent l’espace en trois pièces par niveau. La tour carrée abrite un escalier à vis gothique, tandis que la tour ronde, décorée de fenêtres à meneaux, domine l’angle nord-est. Les communs, datés du XVIe siècle, comprennent des écuries voûtées et deux tourelles. Le château surplombe le Lot, dont le niveau a été rehaussé par le barrage de Villeneuve-sur-Lot. Les murs, construits en moellon de tuf et calcaire, portaient autrefois un enduit imitant un appareillage de pierre de taille.
Classé monument historique en 1973, le château de Ferrassou se visite partiellement : le parc et les extérieurs sont libres d’accès, tandis que l’intérieur, en cours de rénovation, s’ouvre sur rendez-vous ou lors des Journées du patrimoine. Le site incarne cinq siècles d’histoire architecturale et noble, des guerres franco-anglaises à la Renaissance, en passant par les transformations modernes.